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Critiques / Théâtre

Le Nez d’après Gogol

par Gilles Costaz

Fausse piste

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Après la mise en ligne de cet article, l’auteur-metteur en scène Renan Rivière nous écrit : "Le fait de jouer avec des masques n’est pas un parti pris de mise en scène. Ce sont les recommandations sanitaires du ministère de la Culture... Ce n’est pas un choix mais une obligation morale et civique." Dont acte. Mais l’obligation n’est pas totale puisque, dans tous les autres théâtres, les acteurs jouent sans les masques anti-virus. Nous espérons donc que les acteurs du Nez pourront prochainement renouer dans des conditions de représentations normales et à donner leur spectacle une autre dimension. Webtheatre est prêt à venir le revoir si l’équipe considère qu’elle l’a modifié dans le sens d’une plus grande liberté artistique.

Parmi les jeunes metteurs en scène émergeants, Ronan Rivière est l’un de ceux qui ne manquent pas de carrure (il est à la fois adaptateur, metteur en scène et acteur) et qui développent de pièce en pièce un univers personnel fort intéressant. Son monde, c’est celui de la littérature russe du XIXe siècle ; il a joué et adapté remarquablement Le Revizor de Gogol et Le Double de Dostoïevski. On attendait donc avec confiance la réalisation de son nouveau projet, repoussé par le covid, Le Nez d’après Gogol. Patatras ! C’est un ratage évident, un spectacle lancé et maintenu sur une fausse piste. Rivière doit le reprendre de A à Z !
A Moscou, un gradé se réveille sans son nez. Le nez s’est échappé et court dans les rues de la ville en créant la panique. Personne ne parvient à l’arrêter. Récupérer son nez, pour le majeur Kovalev, sera une longue bataille… Ronan Rivière dit avoir étoffé le conte fantastico-burlesque d’autres éléments pris dans d’autres oeuvres de Gogol et chez d’autres auteurs. Mais rien ne fonctionne, rien ne fait rire, malgré le soin apporté aux détails de chaque personnage. Tout est gâché par une idée indéfendable : faire jouer tous les acteurs avec un masque anti-covid. Pour quelle raison ? Parce que cela pourrait rappeler les masques de théâtre ? Parce qu’ainsi tous les personnages se trouvent sans nez, comme Kovalev ? Parce qu’il faut rejoindre l’actualité ? Du coup, les comédiens n’ont plus d’expression et semblent paralysés. Renan Rivière, qui joue lui-même le Nez dans une grosse boursouflure en matière spongieuse, ne doit pas voir ce qui se passe sur le plateau. Mais, comme il aime les défis, il doit renoncer à cette mise en scène sanitaire, enlever les masques et tout repenser. Pour le moment, son spectacle est en couveuse.

Le Nez d’après Gogol, adaptation et mise en scène de Ronan Rivière, musique de Léon Bailly, décor d’Antoine Milian, costumes de Corinne Rossi, lumières de Marc-Augustin Viguier, avec Laura Chetrit, Michaël Giorno-Cohen, Ronan Rivière, Jérôme Rodriguez, Jean-Benoît Terral, Amélie Vignaux, Olivier Mazal (au clavecin).

Théâtre 13/Jardin 103A boulevard Auguste Blanqui 75013 Paris, tél. : 01 45 88 62 22, jusqu’au 11 octobre. (Durée : 1 h 20).

Photo Pascal Gély.

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