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Critiques / Théâtre

Le Misanthrope de Molière

par Gilles Costaz

De grosses colères

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Le Misanthrope de Molière
Avec sa vision du Tartuffe jouée par Pierre Arditi et Jacques Weber, le metteur en scène allemand Peter Stein n’avait pas fait l’unanimité, mais il avait cependant montré une réelle compréhension du théâtre de Molière. Il récidive en abordant une œuvre qui fonctionne parfois sur d’autres registres et n’est pas nouée comme la pièce qui tire à boulets rouges sur les dévots, Le Misanthrope. Il s’y révèle moins à l’aise, en choisissant pourtant de revenir au respect du décorum de l’époque. Grand espace devant une façade classique, percée d’ouvertures en arc, costumes damassés et colorés, perruques bien bouclées : c’est bien le siècle de Louis XIV dans ses fastes arrogants. Tout semble être à la bonne place : la grande solitude d’Alceste au milieu d’un monde agité et frivole, la vie d’un groupe social prise en main par une jolie femme, Célimène, une recherche désespérée de dialogues intimes pour Alceste alors que le clan mondain revient toujours faire bloc, un jeu de chaises musicales qui marie les uns et les autres et laisse le pauvre misanthrope sur le carreau. Stein ne s’est permis qu’un anachronisme sous forme de gag. A la toute fin, ce monde d’antan disparaît et une porte de parking s’ouvre sur le désert – le lieu où va désormais s’enfuir Alceste.
Deux choses ne vont pas : l’interprétation trop univoque de Lambert Wilson, sans cesse dans la fureur, toujours dans l’invective, ne s’accordant que très rarement le temps des nuances (trop de grosses colères ! Heureusement, il est saisi par quelques accents pré-romantiques, mais le temps de quelques minutes) ; le rythme de la mise en scène : bien que l’ensemble soit joué vite, les scènes donnent l’impression de s’installer, de ne jamais couler dans une continuité fluide. On n’en aime pas moins certaines interprétations : avant tout, celle de Pauline Cheviller, un magnifique miroitement de sentiments et d’esprit dans le rôle de Célimène. Jean-Pierre Malo est, quant à lui, un Oronte très plaisant, ce qui est une belle surprise de la part d’un comédien jusqu’alors plutôt cantonné dans la gravité. Hervé Briaux est un honorable Philinte, poussé sans doute à trop de mobilité. Brigitte Catillon est une très bonne Arsinoé, à la fois dans la dureté et la sensibilité. Manon Combes donne son juste relief au personnage d’Eliante. Mais l’ensemble n’échappe pas à une dominante massive et trop souvent uniforme. On peut s’y rendre pour le bonheur de voir des acteurs qu’on aime. Le Misanthrope avec Loïc Corbery, mis en scène par Clément Hervieu-Léger, reste à cent coudées au-dessus de celui-là : il sera repris à la Comédie-Française au mois de juin. Et, désormais, notre curiosité s’oriente vers Le Misanthrope qu’a mis en scène Alain Françon à Genève, que joue Gilles Privat et qui sera au Théâtre de la Ville, à la rentrée.

Le Misanthrope ou L’Atrabilaire amoureux de Molière, mise en scène de Peter Stein, décors de Ferdinand Woegerbauer, costumes d’Anna Maria Heinreich, lumières de François Menou, avec Lambert Wilson, Jean-Pierre Malo, Hervé Briaux, Brigitte Catillon, Manon Combes, Pauline Cheviller, Paul Minthe, Léo Dussollier, Patrice Dozier, Jean-François Lapalus, Dimitri Viau.

Théâtre libre (ex-Comédia), 4 boulevard de Strasbourg, 75010 Paris, tél. : 01 42 38 97 14. (Durée : 2 h).

Photo Sven Andersen.

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