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Critiques / Théâtre

Le Mental de l’équipe

par Jacky Viallon

La balle et le philosophe

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Mode d’emploi ou recette bio intellectuelle : Pour pouvoir lire cet article il faut impérativement avoir vu la pièce « Le mental de l’équipe » et avoir un minimum de références cinématographiques, littéraires, picturales, politiques et philosophiques. Au cas où cet article tomberait, par un malheureux hasard, entre les neurones d’un jeune lecteur, s’assurer en toute urgence qu’il possède un Q.I largement supérieur à la moyenne de ceux de son âge. N’en profitez pas pour faire l’intéressant !

Ouverture :
La mise en scène travaille, comme au cinéma, elle évolue du plan panoramique au plan américain tout en s’arrêtant sur un plan serré ou cerne de près un portrait. On cadre un gros plan en favorisant l’éclairage sur un angle ou un accessoire minimaliste appartenant au monde du stade. On est donc vite séduit par l’intelligence du déplacement et de l’ellipse temporelle ou spatiale qui sous-tendent le spectacle. Il y a aussi une fine sollicitation de l’imaginaire du public. ( Vous voyez bien qu’il faut impérativement avoir vu la pièce ! )

Le spectateur a beaucoup d’images et d’ambiance à compléter (on imagine un petit album à colorier ou à compléter sur les passages en pointillés) .À savoir que non seulement la mise en scène fonctionne sur des plans et des perspectives inattendues et presque aléatoires mais qu’elle compte, et c’est le respect porté au public par ces deux grands metteurs en scène de demain (On dit - demain - ce qui paraît moins complaisant qu’-aujourd’hui), sur la perspicacité et l’instinct théâtral du spectateur . Ils ont raison car les codes proposés sont finalement simples.


Les deux premières scènes, presque totalement visuelles, offrent d’entrée de jeu les codes de lecture à garder tout au long du spectacle. Les acteurs footballeurs traversent la scène de cour à jardin en foulées syncopées, ce qui donne l’illusion d’un panoramique sur l’ensemble d’un terrain.
Véritable chorégraphie qui esquisse non pas ce qui est visible mais ce qui est pressenti. Il va sans dire que la musique volontairement chargée, à connotation tauromachique, laisse entendre au-delà de la caricature un combat qui va être fatal pour l’un des deux combattants. On ne peut pas s’empêcher de penser à la thématique analogue du film « On achève bien les chevaux » de Sydney Pollack, où, dès les premières images, on pressent assister à une mise en abîme.

Par contre, dans la pièce, on s’amuse beaucoup. On papillonne dans le rire : un bon mot par ci, une attitude décalée par là. On s’amuse d’un peu de tout, même des parenthèses quelque peu pathétiques qui s’y glissent comme de lyriques coquelicots au beau milieu du champ de blé (L’image vient d’être piquée dans l’univers des films d’Agnés Varda… Vous voyez ! Ça commence ! )

Oui, on peut penser justement à ces personnages vrais et réels de Varda qui trouvent encore un espace de bonheur sur un fond de toile de misère. Ces sans-logis-du-dehors, ces fauchés-de-la-vie ont parfois aussi un regard amusé sur la bêtise du monde dont ils sont les propres victimes.

La comparaison semble lointaine mais il se dégage des personnages de la pièce un pathétique semblable. Il est vrai que le stade, comme beaucoup d’autres lieux, propose un microcosme, une grande part de la société y est représentée. On y voit le mécanisme cahotant des rapports humains et des peurs dissimulées.

Le sport est ici une métaphore qui nous expose à notre passivité face aux événements, à notre lâche indifférence qui nous entraîne à faire semblant de « regarder la ligne d’horizon pour être au-dessus de la mêlée » - selon le cri de guerre de Romain Rolland.

Mais comme il faut dégager la piste à la fois du cirque de la vie et du terrain de jeu et essayer malgré soi de faire sauter les verrous du conformisme et du bien entendu, on tire le coup franc pour se libérer… C’est pourquoi, est-ce conscient ou pas mais le message accompagne sa flèche, il est très astucieux de faire partir la pièce au moment du fameux coup franc. Scène impacte !

Comme si on prenait la scène juste avant l’instant précis où le personnage, rempli de tant de pression, allait à l’instant même éclater ou faire basculer dans l’euphorie et la gloire tout un peuple à la tête suspendue. Suspendue à une sorte de dépendance irréfutablement désespérée ou rédemptrice pour faire de nous des héros positifs ou négatifs.

Alors où sont nos stades d’antan qui préoccupaient le début du bout de notre tête ?
À travers le vecteur ludique qu’est le sport ce spectacle semblerait poser ces différentes questions qui s’offrent à nous. À bientôt…

Photos : Philippe Delacroix

Le Mental de l’équipe
De Emmanuel Bourdieu et Frédéric Bélier-Garcia
Mise en scène : Denis Podalydés et Frédéric Bélier-Garcia
Théâtre du Rond Point Paris 8°
Jusqu’au 14 Avril à 21 h et Dimanche 15 h

http://www.theatredurondpoint.fr/

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