Accueil > Le Double d’après Dostoïevski

Critiques / Théâtre

Le Double d’après Dostoïevski

par Gilles Costaz

Un homme et son sosie

Partager l'article :

Ce n’est pas la première fois qu’on adapte Le Double de Dostoïevski au théâtre mais ce texte étrange n’est en pas moins une œuvre rarement transposée à la scène, car comment la mettre en scène ? Comme une comédie dans la tradition de Gogol, comme une histoire fantastique, comme un récit purement fantasmé ? Dans une administration, un jeune employé de bureau, timide, replié sur lui-même, voit arriver un nouveau venu qui lui ressemble trait pour trait. Il porte le même nom que lui ! Tous deux se chargent des mêmes tâches. En conséquence, la rivalité semble être la réaction que l’un et l’autre vont adopter. Mais les choses ne se passent pas ainsi. Le plus ancien est fasciné par le nouveau, alors que ce dernier n’hésite pas à lui marcher sur les pieds en simulant une amitié sans nuages et à séduire une jeune femme proche de son camarade de bureau. Ce jeu de doubles se durera-t-il ou se brisera-t-il ?
Une autre mise en scène, par Henri Gruvman, au théâtre Daniel Sorano, l’an dernier, faisait jouer l’employé et son double par le même acteur. La version que propose Ronan Rivière tend plus vers Gogol (dont Rivière avait admirablement monté Le Revizor il y a quelques années) que vers le symbolisme ou l’onirisme. Le protagoniste va et vient dans une ville et dans des locaux qu’une scénographie habile suggère à coups de détails graphiques essentiels ; il fait véritablement la rencontre d’un sosie, vêtu comme lui, coiffé comme lui, mais, comme dit le texte, d’une taille plus haute. Le double est joué par Antoine Prud’homme de la Boussinière et l’employé timide par Ronan Rivière lui-même qui pourrait porter à lui seul toute la bizarrerie profonde de la pièce, tant il est complexe et singulier dans son interprétation. Ses partenaires, Jérôme Rodriguez, Michaël Giorno-Cohen, Jean-Benoît Terral, Laura Chetroit, Antoine Prud’homme de la Boussinière, semblent sortis de l’iconographie qui accompagne généralement la littérature russe du XIXe siècle et ont la présence romanesque de ces images d’antan. Ronan Rivière, qui a pris pas mal de liberté avec le texte original, ne le trahit pas, tant il a le sens des écritures claires obscures et vertigineuses. Son beau spectacle parcourt subtilement les ombres profondes qui prennent peu à peu le pas sur les évidences.

Le Double d’après Dostoïevski, adaptation et mise en scène de Ronan Rivière, en collaboration avec Amélie Vignaux, musique de Léon Bailly, décor d’Antoine Milian, costumes de Corinne Rossi, lumière de Marc-Augustin-Viguier, avec Roman Rivière, Jérôme Rodriguez, Michaël Giorno-Cohen, Jean-Benoît Terral, Laura Chetroit, Antoine Prud’homme de la Boussinière et Olivier Mazal (au piano).

Théâtre 14, 19 h ; tél. : 01 45 45 49 77, jusqu’u 29 décembre. (Dueée : 1 h 25).

Photo Ben Dumas.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.