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Critiques / Opéra & Classique

Le Barbier de Séville, de Rossini

par Caroline Alexander

Figaro chez les talibans

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Pour finir l’année et commencer la nouvelle avec le sourire, la reprise de ce Barbier, malicieusement transporté par Coline Serreau de Séville à Kaboul, tombe à pic. Créée en 2002 par la militante, battante et surdouée comédienne, cinéaste, auteur, metteur en scène et musicienne - elle joue de l’orgue pour se reposer -, cette production tout droit sortie d’un film des Mille et une Nuits en technicolor, a gardé toute sa fraîcheur et son humour.
La marotte des transpositions, actualisations et autre "relectures" en vogue chez les metteurs en scène peut apporter le pire comme le meilleur. C’est dans cette catégorie bienvenue que se situe la deuxième mise en scène d’opéra de Coline Serreau, après La Chauve Souris de Strauss, également réalisée à l’Opéra Bastille. À première vue, dans ce château-fort de carton-pâte piqué en plein désert, puis dans l’opulence des tapis, des cuivres et des soies d’orient lointain, on est transporté loin d’Espagne dans ce pays où hier encore les femmes dissimulées sous des burkas étaient traitées comme des objets. De fait, cette situation leur était déjà imposée quand l’Andalousie était sous occupation arabe et soumise à l’Islam.

Dénoncer la soumission de la femme

Alors qu’importe s’il s’agit de Séville il y a des siècles ou hier de Kaboul. Ici comme là, aujourd’hui comme hier, on a considéré, on considère, que la femme inféodée à l’homme lui doit soumission et obéissance. Et dans ces conditions il y a eu, il y aura toujours, des poètes, des écrivains pour en dénoncer l’absurdité par le rire et en dénouer les fils par la ruse. Molière, dans L’Ecole des femmes, ne dénonçait rien d’autre, tout comme Beaumarchais dans ce Mariage de Figaro philosophique et chahuté, d’où Rossini a tiré son opéra et auquel Les noces mozartiennes du même valet rebelle apportent une conclusion désenchantée. Car quand Rosine aura échappé à Bartolo, son barbon de tuteur, et sera devenue comtesse en épousant Almaviva, la roue aura tourné, la situation aura changé de cap mais pas de destinée. La jeune fille libérée est devenue l’épouse trompée... et toujours dépendante...

Un bain de gags réjouissants

Féministe joyeuse, Coline Serreau a trempé l’intrigue dans un bain de gags réjouissants qui ne dénoncent pas moins. Figaro, en camelot madré vendant des téléphones portables, est défendu en gouaille et franchise vocale par le baryton tchèque Dalibor Jenis tandis qu’Alberto Rinaldi, Italien jusqu’au bout des ongles, fait de Bartolo un géronte clownesque dont chaque note et chaque syllabe vrille en clarté dans les volutes rossiniennes. Bruce Ford, très jeune premier, roucoule sans fadeur la passion d’Almaviva. La basse islandaise Kristinn Sigmundsson, savoureux Basilio, cède en janvier sa place d’entremetteur roublard et roulé à la basse russe Vladimir Ognovenko. Changement également pour Rosine qui avait en décembre le cheveu sombre et la voix chaude de Maria Bayo et qui, pour les représentations de janvier, se parera de la blondeur de Joyce DiDonato qui vient de triompher en Déjanire dans Hercules de Haendel au Palais Garnier (voir article du 22/12/04). À la direction fluide mais prudente de Daniel Oren se substituera, pour les dernières représentations, le jeune Marc Piollet invité pour la première par l’Opéra de Paris.

Il Barbiere di Siviglia, de Gioacchino Rossini d’après Beaumarchais, orchestre et chœurs de l’Opéra National de Paris, direction Daniel Oren (11,14,16,19,21,25 janvier), Marc Piollet (28 et 31 janvier, 2 et 6 février), mise en scène Coline Serreau, décors Jean-Marc Stehlé et Antoine Fontaine, costumes Elsa Pavanel, lumières Geneviève Soubirou, avec Bruce Ford, Alberto Rinaldi, Joyce DiDonato, Dalibor Jenis, Vladimir Ognovenko, Sergei Stilmachenko, Jeannette Fischer. Opéra Bastille, les 11,14,19,21,25,28,31 janvier et 2 février à 19h30, les 16 janvier et 2 février à 14h30 - 08 92 89 90 90 - www.operadeparis.fr

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