Accueil > La plus précieuse des marchandises de Jean-Claude Grumberg

Critiques / Théâtre

La plus précieuse des marchandises de Jean-Claude Grumberg

par Brigitte Coutin

Une lueur d’humanité au fond d’un bois

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Jean-Claude Grumberg évoque la Shoah sous la forme d’un conte. De nombreux éléments traditionnels du genre littéraire sont présents : la formule initiale « il était une fois », la forêt, lieu mystérieux à la fois dangereux et protecteur, le couple de bûcherons très pauvres, un homme redouté vivant seul avec une chèvre nourricière, des méchants chasseurs et une petite fille en danger, mais aucun rapport avec Le Petit Poucet prévient Grumberg … Comme dans beaucoup de contes, la cruauté s’immisce dans les histoires et résonne dans nos mémoires. Ici elle prend la forme de trains de marchandises qui traversent la forêt vers une destination inconnue de la pauvre bûcheronne mais le lecteur devine quel est le terminus atroce de ces convois. Jean-Claude Grumberg mêle subtilement des chapitres évoquant un couple de pauvres bûcherons dans une forêt que l’on devine polonaise, et l’histoire d’un homme avec sa femme et ses deux enfants déportés dans le camp d’extermination d’Auschwitz.
Chaque jour, la pauvre bûcheronne regardait passer, sur la voie ferrée nouvellement construite, les trains d’où parfois tombait un bout de papier qu’elle gardait sur son cœur. Un jour, du convoi 49, une main sort d’une lucarne et lance un paquet dans la neige à ses pieds. Elle le ramasse, dénoue les nœuds et découvre l’objet tant souhaité : une enfant hurlante et affamée que la pauvre bûcheronne comblée s’empresse d’emmener dans son logis. Courageuse et déterminée, elle élève l’enfant dans le monde dangereux où rôdent des miliciens, des soldats étoilés.
La voie ferrée est matérialisée par un rail en rondins de bois à l’avant-scène et l’on imagine fort bien les convois qui roulent vers la mort, en particulier grâce à la création sonore qui suggère le bruit des trains, petite allusion sans doute au film Amen de Costa-Gavras pour lequel Jean-Claude Grumberg a reçu le César du meilleur scénario. A l’arrière-plan une structure en métal évoque la forêt et les épreuves rencontrées par les personnages. La difficulté de se déplacer sur cette armature symbolise bien l’hostilité du lieu et les efforts nécessaires pour protéger cette enfant. Quelques images projetées parfois en fond de scène évoquent la profondeur de cet univers boisé ou le camp d’Auschwitz.
Le texte fait alterner récit et dialogues. Eugénie Anselin, qui interprète la pauvre bûcheronne, passe naturellement d’un registre à l’autre ; elle se fait naïve à l’égard des trains, tendre et protectrice avec l’enfant, combative pour la garder et la sauver. Philippe Fretun est le pauvre bûcheron, d’abord bourru puis ému devant l’enfant, et le père de l’enfant qui narre son histoire lors de sa déportation. La mise en scène joue sur la sobriété tant dans le jeu des comédiens que dans la scénographie et elle met ainsi en relief la force du texte de Jean-Claude Grumberg qui s’appuie sur la fiction pour mieux rappeler des réalités historiques que l’auteur évoque dans « Appendice pour amateurs d’histoires vraies » à la fin de son livre, en mentionnant le convoi 49 où se trouvait un certain Zacharie Grumberg…

La plus précieuse des marchandises, texte, Jean-Claude Grumberg, adaptation et mise en scène, Charles Tordjman ; avec Eugénie Anselin et Philippe Fretun et la participation de Julie Pilod ; collaboration artistique : Pauline Masson ; scénographie : Vincent Tordjman ; création et réalisation vidéo : Quentin Evrard, Thomas Lanza, Nicolas Mazer, Vincent Tordjman ; création lumière : Christian Pinaud ; création sonore : Vicnet ; costumes : Cidalia Da Costa
Texte publié aux éditions du Seuil.
Durée : 1h05
Du 21 septembre au 17 octobre 2021 à 18h30 – Théâtre du Rond-Point, 2bis Av. Franklin D.Roosevelt, 75008 Paris

© Giovanni Cittadini Cesi

En tournée.

Du 27 au 30 octobre 2021 – Théâtre de Liège
Du 17 au 20 novembre 2021 – Théâtre National de Nice
Les 2 et 3 décembre 2021 – Théâtre de la Colonne, Miramas
Les 15 et 16 décembre 2021 – La Criée, Théâtre National de Marseille

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.