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Critiques / Théâtre

La folie d’Héraclès d’Euripide

par Gilles Costaz

La chute du héros

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La Folie d’Héraclès n’aurait jamais été jouée en France. C’est du moins ce qu’on nous affirme. Christophe Perton, le si vaillant directeur de la Comédie de Valence qu’il vient de quitter avec un remarquable bilan en matière de création contemporaine et de conquête du public, se lance dans l’aventure à l’invitation de la Comédie-Française. La pièce d’Euripide suit, à Thèbes, la prise du pouvoir brutale par le méchant Lycos qui vient profiter de l’absence Héraclès et entend tuer Amphitryon, Mégara et les enfants. Ce fou d’Hercule est parti aux Enfers chercher Thésée, et tout laisse à penser que ces deux hommes ne reviendront pas. Mais l’homme aux douze travaux revient et tue son rival. Mais, comme le titre l’indique, Héraclès devient fou. La déesse Héra a lâché sur lui la figure de la Rage. Dans sa démence, il tue sa femme Mégara et son fils. Quand il recouvre la raison, il pense à se donner la mort. Thésée, qui le rejoint peu après, lui donne la force de survivre et de s’exiler, en maudissant les dieux.
L’œuvre est intéressante à plus d’un titre : elle donne à voir le négatif d’un héros, elle exprime la révolte d’Euripide face au monstrueux pouvoir divin. Mais la mettre en scène n’est pas aisée et Christophe Perton, malgré un joli jeu d’illusion qu’il met en place avec Christian Fenouillat (l’enfant est joué par un mannequin si vrai qu’on ne sait plus où est le faux et le vrai, un effet d’optique diminue les silhouettes quand les acteurs passent derrière le paravent central), ne trouve pas la vivacité nécessaire à ce texte lourd de références. Ajouter un prologue de Lancelot Hamelin, qui identifie Héraclès au trader de notre actualité, ne semble pas une très bonne idée (on n’y comprend rien) et poursuivre cette assimilation d’hier et d’aujourd’hui avec des costumes mi-modernes mi-intemporels fonctionne mal. Perton développe son système de l’illusion en faisant jouer deux rôles différents au même acteur, pour mettre en évidence la dualité et la schizophrénie. Tant d’intentions paraissent peser sur les acteurs. Olivier Werner, Andrzej Seweryn, Clotilde de Bayser, Pauline Moulène, Christian Clorarec assurent une prestation estimable mais en dessous de ce qu’on pouvait attendre d’eux. Quant au nouvel engagé du Français, Nâzim Boudjenah, il rate ses débuts (ce qui n’est pas grave, rassurons-le !), en raison d’une direction imposée qui frôle le ridicule - le vilain Lycos est un financier vitupérant en chemise rose ! Les chanteurs, Serge Kakudji et Eléonore Lemaire, sont excellents dans une belle partition de Fabrizio Cassol. On sort du spectacle ni tout à fait content, ni franchement mécontent.

La Folie Héraclès d’Euripide, traduction de Victor-Henry Debidour, prologue de Lancelot Hamelin, adaptation pour la scène et mise en scène de Christophe Perton ; décor de Christophe Fenouillat et Christophe Perton ; costumes d’Alexandra Wassef, lumières de Kévin Briard, musique de Fabrizio Cassol, avec Andrzej Seweryn, Clotilde de Bayser, Christian Cloarec, Benjamin Jungers, Nazim Boudjenah, Olivier Werner, Pauline Moulène, Serge Kakuji, Eléonore Lemaire. Théâtre du Vieux-Colombier.

Tel : 01 44 39 87 00 et 01, jusqu’au 30 juin (2 h 15).

Crédit photographique : David Anémian

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