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Critiques / Théâtre

La Vie rêvée d’Helen Cox d’Antoine Rault

par Gilles Costaz

La vie n’est pas un songe

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Helen aime Paul. Paul aime Helen. Tout irait bien, si Helen n’avait un fonctionnement mental particulier, charmant mais incommode : elle rêve autant qu’elle vit, elle confond la vie et le rêve. Cela arrive à bien des gens, mais Helen, dans les songes où elle s’absorbe jour après jour, trouve une ressemblance très forte entre Paul et un acteur de cinéma qui a une dégaine assez cousine. Aussi Helen se met à vivre fictivement une folle aventure avec la star et, dans le monde réel, s’éloigne de Paul qui voit la femme aimée s’en aller et tout casser avec incohérence. Mais, dans les rêves, la star hollywoodienne devient odieuse. Helen revient à la réalité, partiellement car, même pour aller rejoindre Paul, elle emprunte le chemin du songe. Elle se met à rêver son retour vers Paul et à une vie définitivement associée à Paul. A force d’être à côté de la plaque, elle pourrait se retrouver en son milieu ! L’imaginaire et la réalité pourraient, enfin, cesser de se regarder en miroir et l’amour pourrait être, enfin, vécu sans les mensonges des illusions. Contrairement à ce qu’ont cru Calderon et Helen, la vie n’est pas un songe.
Antoine Raut, maître en pièces historiques (Le Caïman, Le Cardinal rouge, Le Système), s’offre un détour dans la miniature intime. Et c’est un miracle d’écriture, un bijou façonné avec une délicatesse extrême en chacun de ses éléments. Le thème du personnage s’échappant dans le rêve a beaucoup servi notamment au cinéma. Rault le renouvelle avec cette invention, un peu déconcertante, d’une héroïne qui change de ligne dans son rêve, en passant du double fictif à l’homme réel mais lui aussi transformé par un refus de la réalité. Autrement dit, on glisse d’un irréel un peu burlesque à une réalité intermédiaire, d’une étape fantaisiste à un épisode où la descente vers la terre s’effectue selon une autre logique de la conscience endormie. Bien que tout soit perçu à travers l’égarement du personnage féminin, l’auteur s’offre quelques moments satiriques, contre l’art contemporain et le narcissisme des vedettes, tout à fait réjouissants.
Christophe Lidon représente la pièce en séquences cadrées comme au cinéma. Selon l’emplacement et la lumière, les personnages ne sont pas dans la même aventure et le même état d’âme. Ils sont dans un salon, ou dans un lit vertical ! Il y a là tout un jeu subtil de mise en scène qui se refuse à expliquer et guide le spectateur à travers les degrés d’un quotidien insolite et les effets de contrastes délicats. Jean-Pierre Michaël incarne l’amant et son double fictif dans un style franc, avec une puissance claire, comme pour affirmer et dessiner une vérité en un monde où les repères changent ou disparaissent. Dans le rôle de la jeune femme qui s’enfuit pour fuir in fine ses dangereuses rêveries, Christelle Reboul s’affirme comme une interprète exceptionnelle. Elle est d’un cristal frappé, brisé et chanté. Chez elle, l’âme et le corps mènent une danse permanente où les figures toujours variées donnent naissance à nos états d’âme les plus légers et les plus graves ; l’émotion et la vibration parcourent un diapason aux fréquences infinies, dans le jeu parlé comme dans la liberté gracieuse des gestes.
Dans La Vie rêvée d’Helen Cox, tout n’est que parfait vibrato.

La Vie rêvée d’Helen Cox d’Antoine Rault, mise en scène et scénographie de Christophe Lidon, assistanat de Natacha Garange, lumières de Marie-Hélène Pinon, musique de Cyril Giroux, costumes de Chouchane Abello-Tcherpachian, avec Christelle Reboul et Jean-Pierre Michaël.

Théâtre La Bruyère, 19 h, tél. : 01 48 74 76 99. (Durée : 1 h 20).

Photo Laurencine Lot.

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