Accueil > La Veuve joyeuse

Critiques / Opéra & Classique

La Veuve joyeuse

par Caroline Alexander

Les heures exquises de Jérôme Savary

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Que tous ceux et celles qui cherchent à sortir d’un théâtre musique aux lèvres et sourire en banane, se dépêchent de faire un tour de valse avec La Veuve joyeuse si joliment encanaillée par Jérôme Savary.

Il y a de la nostalgie dans l’air de l’Opéra Comique où Jérôme Savary entame l’avant-dernière saison d’un règne qui s’achèvera fin 2007 : pour cause de retraite obligée à 65 étés dans tout établissement dit public... De la nostalgie et des grands sentiments, des derniers jours de solitude et des animaux pas si tristes. L’inventeur du Grand Magic Circus n’a rien perdu de ses espiègleries, de ses goûts de potache, de son romanesque de midinette. Le tout doublé du savoir-faire d’un pro qui, sous ses masques loufoques, connaît de A à Z les recettes de la musique et de la comédie réunies. Sa Veuve joyeuse succède ainsi en droit fil à sa Vie parisienne, à son Zazou, à sa Vie d’artiste : avec panache, cancans, dents blanches et culs joufflus.

Ne s’étonner de rien

Pour les quatre vingt deux représentations de sa nouvelle production, il a convoqué ses associés de toujours, Michel Dussarat pour les costumes, Alain Poisson pour les lumières, Ezio Toffolutti pour les décors, Nadège Maruta pour la chorégraphie, et, pour les rôles principaux, une triple distribution dont la plupart des protagonistes sont des familiers. Savary aime travailler en famille justement. Et avec elle en feuilleter quelques albums de souvenirs.
Il a dirigé douze ans durant le Théâtre National de Chaillot, et hop, le voilà qui le transpose sur la scène de l’Opéra Comique. Où l’on voit l’ambassade de Marsovie dans les ors et les colonnes du grand foyer de Chaillot, avec vue imprenable sur la Tour Eiffel qui clignote de tous les feux qui lui furent attribué au moment du passage à l’an 2000 et qui perdurent à chaque heure pleine du soir. Missia Palmieri, l’aguichante et richissime veuve, lestée de l’urne contenant les cendres de son défunt chéri, y débarque en hélicoptère. Et quand le Prince Danilo voudra lui fausser compagnie, il sautera de l’engin en parachute cramoisi... Ne s’étonner de rien. Ni du portrait de Savary en dictateur à moustache échappé de La Périchole, ni du canapé en forme de bouche écarlate déjà vu du côté de Bastille, ni des froufrous ni des décolletés ravageurs, ni des mains baladeuses, ni de la neige qui tombe en cotillons, ni de la barbe à papa, ni des sacs de cocaïne... Ici tout est fantaisie, bande dessinée en 3D, clins d’yeux rigolards à ceux qui savent, pochettes surprises et boîtes à malices pour tout le monde. Avec de très jolies performances chantées, dansées, jouées.

Peps et pataquès

La première représentation jeta dans la fosse aux prétendants la Missia rousse et flamboyante de Marie-Stéphane Bernard, sexy façon Rita Hayworth, du peps à revendre, et dotée des plus jolis aigus de soprano lyrique tandis que Patrick Rocca, comédien que les accros du petit écran ont vu déambuler dans moult séries (Julie Lescaut, entre autres) reprenait son bâton de baryton pour un baron Popoff faiseur de pataquès tout à fait savoureux. Prince Danilo, le viveur, le séducteur avait ce soir-là les traits élégants du jeune Boris Grappe, jolie présence et jolie voix aux graves légers comme les bulles de champagne de chez Maxim’s. Sophie Haudebourg campait une Nadia coquine à souhait et Marc Laho prêtait à Camille de Coutançon sa stature de Don Juan couard et bon vivant.

Musique à la grâce virevoltante

Bien sûr Savary infusa son grain de sel dans les dialogues adaptés en français par Gaston de Caillavet et Robert de Flers. Le livret authentique en allemand de Victor Léon et Léo Stein était lui-même tiré d’un vaudeville français, L’Attaché d’ambassade, de Henri Meilhac. C’est ainsi que le Pontevédro d’origine était déjà en 1909 devenu la Marsovie, que le Baron Mirko Zeta était converti en Baron Popoff et que Hanna Glawari, la veuve aux mille prétendants se métamorphosait en Missia Palmieri. Mais la musique est et reste bien du seul Lehàr, contemporain et ami de Puccini, grand faiseur d’opérettes dont les Pays du sourire et les Veuve joyeuse continuent de faire valser les cœurs. Au rythme de ces trois temps irrésistibles que Gérard Daguerre insuffle en grâce virevoltante aux vingt deux musiciens de son orchestre.

La Veuve joyeuse de Franz Lehàr, adaptation et mise en scène de Jérôme Savary, direction musicale Gérard Daguerre, décors Ezio Toffolutti, costumes Michel Dussarat, lumières Alain Poisson, chorégraphie Nadège Maruta... Avec, dans les rôles principaux et en alternance, Boris Grappe, Ivan Ludlow, Serguei Stillmachenki (Prince Danilo), Marc Laho, Martial Defontaine, Pierre Espiaut (Camille de Coutançon) Patrick Rocca, Jean-François Vinciguerra (baron Popoff), Marie-Stéphane Bernard, Anne Marguerite Werster, Sophie Marin-Degor (Missia Palmieri) Sophie Haudebourg, Patricia Samuel, Hélène Guilmette (Nadia, baronne Popoff)... Opéra Comique, du mardi au samedi à 20h, dimanches à 15h - Jusqu’au 15 janvier - 0 825 00 00 58.

Photo : Cyr-Emmeric Bidard

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.