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Critiques / Théâtre

La Vallée de l’ombre de la mort

par Jacky Viallon

Universalité du théâtre

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Nul n’est besoin de se souvenir du long roman Les Frères Karamazov pour apprécier le spectacle du Théâtre-Laboratoire Sfumato de Sofia. On entre ici dans les coupes de textes, des tranches de vie de chaque personnage. Ces derniers s’échappent du roman, ouvrant quelques pans de notre mémoire. Chaque rôle s’exprime dans l’urgence de ce qu‘il a à dire, pour sauvegarder sa légitimité. L’urgence d’une abondance, dans un espace temps-plateau, confronté à l’infini du roman. Il y en a une autre sur ce plateau : l’urgence d’une scénographie minimaliste, sans luxe, sans trompe l’œil, ni décor esthétisant.

Efficacité et puissance de la gestuelle

Pour tout décor, en effet, une sorte de tas de frisons jaunes qui nous évoque la paille. Un espace d’où s’échappent la force et la vulnérabilité des protagonistes. Chacun d’entre eux vient s’y perdre ou s‘y ressourcer. Efficacité et puissance de la gestuelle. Chaque mouvement ressemble à un trait de sanguine. Ainsi, occupe-t-on l’espace en juste nécessité. On retrouve la puissance fantasmatique que l’on invoquait en lisant le roman de notre adolescence. Les costumes, à dominante noire, appuient l’éclat de ceux qui interviennent par touches colorées. Il émane de ces acteurs une force dont on perçoit la solide assise sur le plateau. Ce dernier devient alors un immense champs de bataille dont les éléments semblent en arrêt, avant la charge.

Energie silencieuse

Les personnages tendus, prêts à déverser toute leur violence, nous livrent une énergie silencieuse et passionnelle. Cette tension, laissant assez d’espace pour libérer notre imaginaire, suscite en nous une forme de distanciation. Elle gronde de l’intérieur, nous accroche et nous tient. On en oublie le sous-titrage. Notre œil va à l’essentiel de ce texte issu d’une traduction probablement habilement restituante. Il y a une telle fluidité que l’on ignore presque cette littéralisation pour pressentir les enjeux et les tensions qui se jouent sur le plateau. Belle confrontation, avec une facture théâtrale étrangère qui, dans l’universalité du théâtre, nous devient familière. La deuxième partie du diptyque Ivan sera présentée, dans le même lieu, du 11 au 19 décembre.

La Vallée de l’ombre de la mort, d’après Les frères Karamazov, de Dostoievski. Théâtre de la Tempête, jusqu’au 9 décembre, du mardi au samedi 20 h, dimanche 16 h. Tel : 01 43 28 36 36.

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