Accueil > La Trilogie des dragons

Critiques / Théâtre

La Trilogie des dragons

par Jacky Viallon

La mise en image de notre propre trouble

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

La Trilogie des dragons est une magnifique épopée poétique et théâtrale ; près de six heures de plateau offrant une profusion d’images saisissantes, suscitant diverses émotions.

Le metteur en scène Robert Lepage, tel un fin psychanalyste, fait surgir du spectacle des réminiscences, enfouies par pudeur, par peur d’être soudainement confronté à l’idée du beau, à l’idée du bonheur de la vie. Pourtant les sujets traités ne sont pas sans gravité. Mais c’est justement là que repose le talent de Robert Lepage : créer du beau avec la noirceur des angoisses qui nous habitent. On vit ce spectacle comme un rêve qui irait puiser des fils intimes aux tréfonds de nos mémoires, qui nous confronterait insidieusement aux multiples appréhensions vis-à-vis du monde extérieur. En assistant à ce spectacle, on a l’impression d’assister à la mise en image de son propre bouleversement. Parfois, la superposition de certaines scènes sollicite notre inconscient en révélant la distance qui sépare notre imaginaire de la réalité brutale et cruelle de la vie.

Puissance d’évocation

Pour exemple, citons un fragment : une jeune femme apprend à taper à la machine à l’aide d’une méthode enseignée à la radio. La voix du speaker est suave et condescendante. Elle met le personnage - en même temps que le spectateur - dans un état de confiance qui incite à s’abandonner à la vie en toute sérénité. Mais juste au dessous de cette scène, une autre se déroule, muette, qui nous montre un radiologue pratiquant des examens sur une patiente tourmentée, dans l’attente d’un résultat qui tombe comme un couperet : cancer ! Cet exemple - qui n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan d’intelligences exprimées - nous permet néanmoins d’apprécier la puissance d’évocation qui caractérise ce spectacle. En cela, on pourrait presque considérer que Robert Lepage va plus loin que Brecht dans le travail de distanciation. Dans La Trilogie des dragons, il s’agit effectivement de solliciter l’imaginaire du spectateur mais aussi l’amener à la critique. Il s’agit de toucher l’affect autant que l’intellect... A voir absolument sous peine de poursuites obsessionnelles de regrets éternels.

La Trilogie des dragons, de Marie Brassard, Jean Casault, Lorraine Côté, Marie Gignac, Robert Lepage, Marie Michaud. Mise en scène Robert Lepage. Musique : Robert Caux. Avec : Sylvie Cantin, Jean-Antoine Charest, Simone Chartrand, Hugues Frenette, Tony Guilfoyle, Eric Leblanc, Veronika Makdissi-Warren, Emily Shelton.Théâtre national de Chaillot. Paris 16e. Tel :01 53 65 31 00.

Photo : Erick Labbé

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.