La Sainte Catherine

Après la Grande Guerre

La Sainte Catherine

L’hôtel a connu des jours meilleurs. La clientèle aisée a fait place à une armée de poilus éclopés. A chaque étage, ses malades, les gazés, les gueules cassées, les amputés. La paix a été signée mais ces hommes, en novembre 1919, mènent un rude combat pour retrouver la vie civile. La capitaine Martin Cazeaux règne sur cet hôpital de campagne. Plus soucieux de ses galons que du bien-être de ses patients. Pourtant, lorsque la sémillante infirmière Catherine le dispute, il se met au garde-à-vous. Leur grand sujet de discorde est Plumet, simple soldat promu fonctionnaire à l’accueil. Au milieu de ses camarades, il fait figure de valide avec son pied entouré d’un épais bandage. C’est un puzzle d’os et de chair que le chirurgien a rassemblé. Gilbert Grandcouraud ne comprend pas pourquoi lui, le grand sculpteur génial venant de Paris, ne parvient pas à capter l’attention. Il est mandaté par les hautes autorités militaires pour édifier une statue à la gloire du soldat inconnu. Pour cela, il a besoin d’un modèle, sic ! Le capitaine s’intéresse davantage à ses galons qu’à l’art, mais les noms de Foch ou Pétain vont le faire changer d’avis. Pauvre Plumet !

Ces destins broyés

Face aux stars qui font l’affiche de cette saison hivernale, La Sainte Catherine faisait figure d’outsider. Stéphan Wojtowicz parle de la grande guerre, mais d’une façon décalée et humoristique. La pièce aborde par petites touches ses différents aspects : les gazés, les progrès de la chirurgie, la récupération du courage des humbles par les gradés, le travail des femmes, le retour à la vie civile. Et puis ces milliers de destins broyés...

En observant la distribution, on est surpris de lire seulement quatre noms tant la force d’évocation de la pièce donne l’impression de brasser une flopée de personnages. Chacun d’entre eux est emblématique (toute mesure gardée) d’une classe. Le poilu, simple soldat considéré comme de la chair à canon. L’infirmière représente ces femmes qui verront leur vie brisée par la mort de leur compagnon ou de leur fils. Le capitaine, qui n’est pas un méchant homme, représente le pouvoir de l’armée. Quant au sculpteur, il figure les planqués de l’arrière. Ce raccourci est cependant un peu injuste envers les personnage tant ils sont bien servis par des dialogues pertinents et drôles. Didier Brice excelle en Plumet , d’une naïveté désarmante. Caroline Maillard, qui était épatante dans Le Mariage de Barillon confirme ici son talent. Philippe Magnan compose un ganache avec beaucoup de panache et Guillaume de Tonquedec est inénarrable dans la peau de l’artiste prétentieux. José Paul et Agnès Boury signent une mise en scène qui font la part belle à ce quatuor de comédiens convaincants et émouvants. Il se dégage de ce spectacle une vraie fraîcheur et une grande humanité.

La Sainte Catherine, de Stéphan Wojtowicz. Mise en scène : José Paul et Agnès Boury. Avec Philippe Magnan, Guillaume de Tonquédec, Didier Brice et Caroline Maillard. Petit Théâtre de Paris, du mardi au samedi à 21 h. Matinés le samedi à 17h et le dimanche à 15h. Réservations : 08 92 70 77 05.

A propos de l'auteur
Marie-Laure Atinault
Marie-Laure Atinault

Le début de sa vie fut compliqué ! Son vrai nom est Cosette, et son enfance ne fut pas facile ! Les Thénardier ne lui firent grâce de rien, théâtre, cinéma, musée, château. Un dur apprentissage. Une fois libérée à la majorité, elle se consacra aux...

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