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Critiques / Théâtre

La Périchole

par Jacky Viallon

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C’est avec la grande sensibilité qu’on lui connaît déjà que Julie Brochen a monté La Périchole. Tout en suspension, en suggestif et voir tout sur le fil du rasoir. Comme dans l’opérette qu’est la vie, on peut sombrer dans l’euphorie ou la déprime et sur le plateau c’est la bascule !

Les personnages paraissent crédibles puis tout d’un coup on ne peut plus s‘y agripper. Leurs artifices volontairement et subtilement introduits nous font pressentir le revirement brutal et inattendu qu’apporte le destin.

Il y a ainsi, dans cette mise en scène, une extrême pudeur consistant à ne pas exposer l’extravagance des éléments musicaux habituels de l’opérette. Au risque de faire bisquer quelques puristes verrouillés qui croiront y dénicher une maladresse : on joue presque du chanté parlé.

Et comment résister au trouble envahissant diffusé avec discrétion et ambiguïté par ce mystérieux Pierrot qui vous accueille de son œil triste et investigateur en vous avouant d’un second regard sarcastique et amusé, de l’ordre du filigrane, que la vie est sans doute à prendre et à accepter dans ses contradictions.
Ce personnage étonnamment incarné avec engagement par Lucie Valon se promène comme un silence dénonciateur tout au long de la pièce. Il semble être dans le texte comme une parenthèse sans paroles. Il occupe l’espace, dégingandé, provocant et attachant, traverse le plateau en feingnant de nous ignorer mais il nous attrape d’un regard et nous incite à l’accompagner, hors coulisses comme dépendant d’un fil invisible qui nous entraînerait dans une histoire sans fin.

Puis il y a la belle personnalité de Jeanne Balibar, qui apparaît, dans son personnage, comme un oiseau noir blessé. Ses longs bras, tels des ailes, s’échappent et cherchent la liberté d’un corps qui n‘aurait pas encore vécu. Cette image est au plus prés pour témoigner de la blessure fondamentale due à l’enfance de la Périchole.

Il y a aussi, et sa présence n’est pas des moindres, le regard émerveillé et à la fois naïf que François Loriquet sait admirablement offrir à son personnage, Piquillo.
On ne peut pas non plus fermer le livret sans remarquer la fougue et l’énergie que met Fred Cacheux pour manipuler presque comme une marionnette son quasi hystérique personnage qu’est Don Andres.

On pourrait citer toute la troupe : chaque petit rôle, ou minuscule silhouette, sont maîtrisés part des comédiens dont on ressent la profonde conviction d’être présent à l’instant et espace précis.

C’est ça l’engagement au théâtre : s’attacher à faire du plateau un collectif porteur d’émotions. Merci donc à toute cette équipe de prendre le risque de monter cette impressionnante production. Cette création fait travailler 38 participants : comédiens, techniciens et instrumentistes. Par le temps de chien qui court.... on vous sert bien amicalement la patte.

La Périchole, Théâtre de l’Aquarium, Cartoucherie de Vincennes, Paris 12° Mise en scène : Julie Brochen, assistante Elise Truchard avec Jeanne Balibar, Jean Toussaint Bernard, Fred Cacheux, Marie Desgranges , Bernard Gabay, Antoine Gouy, Antoine Hamel, François Loriquet, Isabelle Mazin, Judith Morisseau, Cécile Péricone, Laurent Rey, Sandra Rumolino, Lucie Valon, Jean-aptiste Verquin, abdul Alafrez.. Jusqu’au 22 Octobre . En tournée 10,11,12 Nov 06 Les Gémeaux 92 33 0 Sceaux 01 46 60 05 64 et du 13 au 31 decembre Les Célestins à Lyon 04 72 77 40 00.

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