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Critiques / Théâtre

La Chanson des nuages

par Stéphane Bugat

Ce mal qui ronge

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Une jeune femme, seule en scène, se raconte. On est en droit d’esquisser un premier mouvement d’inquiétude. On a tant vu de ces monologues qui tournent vite en rond ! Cette fois, pourtant, il y a une petite musique à laquelle on prête vite une oreille attentive. David Friszman, l’auteur, qui assure également la mise en scène, a un ton assez juste, crédible dirait-on, évitant les pièges opposés de l’emphase et de l’indigence. C’est surtout à elle-même que son personnage s’adresse, au cœur de sa nuit d’insomnie. Une de plus, tant il est vrai qu’elle est rongée par ce qui semble d’abord être une insatisfaction permanente face aux aléas du quotidien et se révèlera, plus tard, de nature plus grave et plus profonde. Ce n’est pas un regard agressif qu’elle porte sur son environnement quotidien, sur son mari, ni pire ni mieux qu’un autre, sur son amant, sur ses rêves de carrière de chanteuse. Non, elle est plutôt désabusée, ce qui est pour le moins prématuré alors qu’elle n’a pas trente ans. Peu à peu, cependant, ce bavardage nous conduit sur les traces de ce qui reste sa blessure absolue. Celle que provoque un père qui abuse de sa fillette, jusqu’à ce que celle-ci, pour échapper à l’insupportable et clandestin rituel nocturne, lui enfonce un couteau dans le ventre avant de le pousser dans l’escalier.
Parce ce qu’il évite le pathos et parce qu’il ne dévoile les cartes que très progressivement, David Friszman réussit à traiter ce sujet pour le moins délicat. Mais il comprendra que l’on concentre les compliments sur son interprète. Marie-Béatrice Dardenne a compris que pour rendre crédible ce mal qui ronge son personnage, elle devait le dissimuler au plus profond d’elle-même et ne se dévoiler que très lentement. Ce qui fait que l’on est d’abord plutôt désemparé devant ses posture de jeune femme charmante mais un tantinet hystérique, tenant des propos que l’on croirait, de prime abord, pour le moins décousus. Elle n’en sait pas moins garder la main, maintenir l’attention de son public, laisser s’exacerber la tension jusqu’à la révélation finale. Tout cela sans cesser de rendre parfaitement présente l’humanité de son personnage.

La Chanson des nuages, de David Friszman, mise en scène de l’auteur, avec Marie-Béatrice Dardenne. Le Proscenium, jusqu’au 5 décembre. Tél : 01 40 09 77 19.

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