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Critiques / Théâtre

La Bête

par Marie-Laure Atinault

Molière alias Elomire

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Avoir un mécène qui vous permet d’exercer votre art, dégagé de tout soucis financiers, est le rêve de chaque artiste. Mais lorsque le mécène se mêle d’art, le conflit entre le pouvoir de l’argent et les exigences artistiques peut être irréversible.
Pézenas, 1654. Devant l’entrée du Palais du Prince de Conti, Elomire (Molière) reste sourd aux abjurations de Béjart. Le Prince veut imposer à l’Illustre Théâtre, Valére, un comédien dont il s’est entiché. Valére est un histrion. Habillé de couleurs vives, en précieux ridicule, il est atteint de diarrhée verbale. Fasciné par Elomire, il est persuadé que le directeur de troupe est trop heureux d’accueillir un être de sa qualité. Comment mieux vous dépeindre ce personnage en vous disant qu’il est le fils naturel de Jim Carey et de Michael Youn. Un cauchemar en somme. Valére est insolent, irrévérencieux, discourtois. L’impudent possède la foi des imbéciles imbus d’eux-mêmes, inconscients de leur médiocrité. Béjart tente de tempérer la colère d’Elomire et de lui faire entendre raison. En refusant Valére, il mécontente le Prince et risque de perdre un généreux financier.
David Hirson est Américain. La pièce, écrite en 1991, connu les huées et les récompenses. L’auteur est issu du giron théâtral. Sa pièce est ambitieuse tant par la forme que par le fond. Elle décrit un moment de crise de la troupe de Molière, baptisé ici par l’anagramme de son nom : Elomire. David Hirson a écrit en vers un texte dense et référencié. Le travail de l’adaptation de Mariem Hamidad est remarquable, même si la construction de la pièce est un peu bancale. Pendant une heure, nous assistons au discours du trio formé par Béjart, Elomire et Valére, puis la deuxième heure voit l’arrivée du Prince et du reste de la troupe. Chaque acte de la pièce a son temps fort, que ce soit le discours de Valére, l’arrivée très théâtrale du Prince de Conti ou celle de la troupe, dérapant dans une étrange fantaisie.
David Hirson l’affirme haut et fort : c’est bien du théâtre qui parle de théâtre par des gens de théâtre. La Bête est surtout une parabole sur la liberté de l’artiste.
Le théâtre du Marais est un petit espace chargé d’histoire. Xavier Florent, à la mise en scène, et Marie-Cécile Kolly, pour la scénographie, ont poussé les murs. Le décor monumental est impressionnant et ingénieux. Il souligne bien le poids de l’argent. Jean Godel interprète un Prince de Conti très impressionnant et Cédric Vieira est un Valére exaspérant que l’on souhaite gifler pour le faire taire. Voilà une jeune troupe qui ose monter une pièce ambitieuse avec une distribution nombreuse et talentueuse. Un culot que l’on aimerait trouver dans certains théâtres nationaux.

La Bête, de David Hirson, adaptation Mariem Hamidat, mise en scène Xavier Florent, avec Cédric Vieira, Jean Godel, David Clavel, Jérome Dupleix. Théâtre du Marais (Paris 3e). Tél : 01 44 78 98 90.

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