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Critiques / Opéra & Classique

LA COLOMBE de Charles Gounod

par Caroline Alexander

A déguster sur le vif et en famille

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La gentille colombe du brave Horace des champs sera-t-elle dévorée rôtie par la coquette Sylvie des villes ? Dans les travées étroites de la Péniche Opéra, le suspens mis en musique par Charles Gounod et en paroles par Barbier et Carré rend aux spectateurs leur âme d’enfant. L’oiseau palpite à portée de main, le souffle des chanteurs frôle les joues.

Cela fait 25 ans déjà que Mireille Larroche embarque curieux et mélomanes sur ces improbables lieux de spectacles que sont ses péniches, Péniche Opéra et Péniche Adélaïde. Produire une œuvre lyrique dans l’espace étroit d’un chaland fluvial de taille moyenne tient à la fois de la gageure et du pari impossible. Gageure tenue et pari gagné par le plaisir décalé qu’il procure !

La dernière découverte à y faire est cette Colombe signée Charles Gounod qui ne roucoulait plus depuis bien longtemps. Un petit divertissement sous forme d’opéra comique composé un an après son désormais légendaire Faust, une commande du théâtre de Baden Baden, écrite vite fait avec l’aide de ses librettistes, créée sur place puis reprise, mais sans grand succès à l’Opéra Comique de Paris.

Beau ramage et joli plumage

Redonner vie à des œuvres oubliées n’est pas sans risque, le plus souvent une conclusion s’impose : l’oubli était justifié. Mais cette Colombe-là ne méritait pas de devenir muette. Sans doute fut-elle écrasée par le succès du chef d’œuvre musico-philosophique inspiré de Goethe. Mais elle a beau ramage et joli plumage, un charme délicat, de l’humour, des sentiments et de grands airs. Autant d’ingrédients conservés et ressuscités en leur état d’origine pour ce qui est de la musique et des paroles chantées mais aux dialogues gaiement aménagés au goût du jour par le dramaturge Dorian Astor. Sylvie est toujours une coquette du beau monde de la ville mais cette ville a des relents Passy-Neuilly-Auteuil mâtinés de franglais branchouille et bon goût à la sauce bobo. Horace, est toujours l’amant ruiné retiré aux champs, mais il y cultive les slogans écolo anti-nucléaire dont il tapisse les murs de son logis-caravane. Soutenu en cela par le militantisme pur jus du dévoué Mazet, faucheur d’OGM, valet ou aide de camp, au choix. La douce colombe convoitée par la coquette dont elle porte le nom reste l’enjeu du troc que doit assurer Maître Jean, notaire amidonné, échappé d’une caricature de magazine de mode.

Un pianiste qui fait l’orchestre à lui tout seul

Quelques ballots de paille sur un sol parsemé d’épis, une cage en rotin et le gentil volatile blanc qui se laisse manipuler avec grâce et docilité, puis découvert par un rideau de tulle la façade de la caravane, avec, apparaissant derrière son unique fenêtre, Christophe Manien, l’excellent pianiste qui fait l’orchestre à lui tout seul : trois fois rien en quelque sorte pour suggérer les lieux et les ambiances et laisser libre champ aux interprètes : Dorothée Lorthiois, so pretty et so smart en top modèle écervelé, le jeu joliment délirant et la voix poussant des aigus à faire trembler les coursives, Pierre Espiaut, ténor léger, parfaitement à sa place, délicieusement godiche en amoureux transi, le baryton Johann Leroux s’amusant visiblement des outrances et du ridicule du notaire, Vanessa Le Charlès enfin, soprano dramatique campant un succulent valet « révolutionnaire », la voix chaude aux graves parfaitement accordés à ses humeurs et remontrances.

Bref, c’est un spectacle tout public qui jette l’ancre quai de Loire, à déguster sur le vif et en famille.

La Colombe de Charles Gounod, livret Barbier et Carré d’après La Fontaine, chef de chant et piano Christophe Manien et Laurence Dubreuil, dramaturgie Dorian Astor, mise en scène Mireille Larroche, décor Alexandre Heyraud, costumes Danièle Barraud, lumières Elias Attig. Avec Dorothée Lorthiois, Vanessa Le Charlès, Pierre Espiaut, Johann Leroux.

La Péniche Opéra, les 21,23,24,28,30,31 janvier, 6,7,13,14 février, 13,14 mars à 20h30, 28 janvier, 4,11 février & 11 mars à 19h.

01 53 35 07 77 – www.penicheopera.com

Crédit Photos : D. Hamot

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