Paris, Théâtre popul’air de la mère Lachaise
L’andouillette de Troyes n’aura pas lieu de Saïda Churchill et Stéphane Elias
Jeux d’embrouilles

Dans le registre du seul en scène, Saïda Churchill poursuit un parcours singulier, qui reste fidèle à l’inspiration de ses débuts (le Café de la gare à la grande époque) et affirme une causticité nouvelle, sans rejoindre en rien le lourd martèlement qui est en train d’uniformiser le genre. Il y a peu, elle faisait un spectacle à partir des positions du penseur américain Noam Chomsky ! C’est dire qu’elle ne se déplace pas sur le terrain des blagues de noces et banquets. Toujours mise en scène par Romain Bouteille mais travaillant désormais avec un nouvel auteur, Stéphane Elias, elle n’a pas choisi le meilleur des titres (L’andouillette de Troyes n’aura pas lieu) pour son nouveau spectacle, mais elle entend ainsi rire d’une certaine cuisine, ou surtout d’un certain conformisme français autour de la cuisine. Son personnage fait, à un certain moment, une visite des restaurants dans la ville où il est : sa quête d’une andouillette introuvable vire à l’absurde. Tout vire à l’absurde d’ailleurs dans ce récit d’une artiste invitée à se produire dans un établissement sinistre et néanmoins intitulé la Riante Rasade. L’héroïne propose à la fois des sketches faussement imbéciles – celui de la coiffeuse ! – et des leçons de philosophie. L’écheveau s’embrouille, et l’ensemble des histoires aura la tête à l’envers.
L’objectif, c’est sans doute de prendre à rebrousse-poil et à contre-pied les certitudes du café-théâtre (sa propension à un rire au-dessous de l’intellect) et l’arrogance du théâtre qui a pignon sur rue (la culture institutionnelle). Avec son sérieux pas vraiment imperturbable – l’œil et la voix (très belle voix) ont un sourire un coin -, elle démonte pas mal de choses du monde officiel et de la logique généralisée. Peut-être se perd-on un peu dans ses chemins tortueux, mais le plaisir est aussi dans le jeu de l’embrouillamini.
L’andouillette de Troyes n’aura pas lieu de Saïda Churchill et Stéphane Elias, avec la participation de Sophie Créteaux. Chaque vendredi, 21 h 30, jusqu’au 30 juin, Théâtre popul’air de la mère Lachaise 80 boulevard de Ménilmontant 75019 Paris, tél. : 01 46 36 74 15, jusqu’au 30 juin. (Durée : 1 h).



