Accueil > L’Orfeo

Critiques / Opéra & Classique

L’Orfeo

par Caroline Alexander

Le baroque entre hip hop et Vespa

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

La Musica, divinité pivot de L’Orfeo de Claudio Monteverdi, surgit dans une sorte de boîte carrée suspendue dans le vide. En grand apparat, robe de velours grenat, broderies, bijoux et boucles brunes sagement rangées au-dessus de son front. Tandis qu’elle chante le destin d’Orphée, prologue de ce qu’il est convenu d’appeler le premier opéra de l’histoire du lyrique - ce qui n’est ni tout à fait exact, ni tout à fait erroné - son image amplifiée sur un écran géant bouge dans son dos et ses mains potelées dansent un ballet de sorcière autour du personnage réel qui flotte dans son écrin. Lumière bleutée sur le début du premier acte : un espace à ciel ouvert, des scooters et des vespas autour desquels papote un groupe de jeunes gens habillés comme vous et moi, à vingt ans... Luths, théorbes, harpes, violes, violone, cornets et sacqueboutes, les sons qui s’élèvent de l’orchestre sont du plus pur baroque. Le contraste est d’une souriante fraîcheur.

Production juvénile

Deux personnalités du monde de la musique et du monde du théâtre signent cette juvénile production de l’Opéra de Lille, en visite au Châtelet dans le cadre de son Festival des Régions. Emmanuelle Haïm, côté musique, et Giorgio Barberio Corsetti, côté mise en scène. Claveciniste au charme communicatif, d’abord soliste au clavier puis chef d’orchestre, Emmanuelle Haïm fondait il y a six ans Le Concert d’Astrée, un ensemble de chanteurs et d’instrumentistes rompus au répertoire baroque avec lequel elle obtint quelques jolis succès tant sur disque (chez Virgin Classic) que sur scène jusqu’à enlever le prix du meilleur ensemble 2003 des Victoires de la Musique. Une distinction qui lui valut, entre autres, de s’installer en résidence à l’Opéra de Lille.

Transpositions radicales

L’homme de théâtre italien Corsetti affectionne le mélange des genres, des temps, des espaces et des techniques. La vidéo lui sert souvent de fil conducteur ou plutôt de liant, à la manière des sauces dont les cuisiniers usent pour ajuster les ingrédients d’un plat. Il filme les acteurs, les chanteurs, en gros plans intimes et mouvements chorégraphiés, il fait flotter leurs images, dans toutes les poses, à l’horizontale ou la tête en bas. Reflets rêvés des actions qui se déroulent sur scène... D’autres effets de transposition sont moins heureux. A l’intérieur des Enfers Proserpine et Pluton sont transformés en petits bourgeois scotchés devant leur poste de télévision, les trois esprits en collants couleur chair (ils ont l’air tout nus) leur confectionnent des petits gâteaux qui ressemblent à des cailloux blancs. Ils serviront d’ailleurs, comme dans Le Petit Poucet, à indiquer à Euridice le chemin à suivre, derrière Orféo, pour tenter de retrouver la lumière. C’est l’éternel problème de ces transpositions radicales qui invariablement buttent en cours de route - le plus souvent en deuxième partie - sur un obstacle récalcitrant, un détail qui est de son époque et qui ne veut ni ne peut en sortir...

Rapide, léger, presque cristallin

Usant d’un diapason élevé, Emmanuelle Haïm entraîne musiciens et chanteurs sur un rythme allègre : tout est enlevé rapide, léger, presque cristallin, même au travers des cornets, trompettes et sacqueboutes des merveilleux Sacqueboutiers de Toulouse. La moyenne d’âge des chanteurs (26 ans !) disculpe leur manque d’assurance et de maturité. Mais on y découvre quelques jolis timbres, des talents en devenir, l’aplomb de la Messagère/Renata Pokupic, la rondeur d’Aurélia Legay/Proserpine... Entre hip hop dansé par quelques acrobates du chœur, scooters rutilants et télé-réalité, Monteverdi y perd un peu la boule, mais l’enchantement de sa musique reste intact.

L’Orfeo, de Claudio Monteverdi, par le Concert d’Astrée, direction Emmanuelle Haïm, avec la participation de l’ensemble Les Sacqueboutiers de Toulouse, lise en scène Giorgio Barberio Corsetti, décors et costumes Cristian Tarraborrelli, avec Kerstin Avemo, Michael Slattery, Kimy MacLaren, Renata Pokupic, Marina de Liso, Andrea Silvestrelli, Aurélia Legay, Paul Gay, Finnur Bjarnason, Simone Wall, Pascal Bertin, Ed Lyon, Jonathan Brown, Amine Hadef, Simon Wall, Kevin Kyle, John Mackenzie. Coproduction de l’Opéra de Lille, du Théâtre de Caen et de l’Opéra National du Rhin - au Châtelet à Paris dans le cadre du Festival des Régions, les 12, 16 & 18 mai à 19h30, le 14 mai à 16h - 01 40 28 28 28 ; Théâtre Municipal de Colmar, le 9 juin à 20h, le 11 juin à 17h - 03 89 20 29 01 ; Théâtre de la Sinne de Mulhouse, les 17,19,21 juin à 20h - 03 89 36 28 28 ; Opéra du Rhin à Strasbourg, les 27 & 29 juin, 1er & 3 juillet à 20h - 03 88 75 48 23.

Crédit photos : M.N. Robert

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.