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Critiques / Théâtre

L’Opéra de quat’sous de Brecht et Weill

par Gilles Costaz

Une version tonique et mémorable

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Pas facile de monter L’Opéra de quat’sous. Il ne faut pas prendre une direction trop spectaculaire ou trop opératique. La représentation doit sembler un peu bricolée, alors même qu’elle nécessite de grands moyens, une grande équipe et une mise au point de tous les instants. Même le grand Giorgio Strehler s’y est cassé les dents, naguère, tablant sur la splendeur et la magnificence de la production qu’il avait mise sur pied au Châtelet. Laurent Fréchuret réussit, lui, en s’éloignant des codes stricts de l’opéra : l’orchestre n’est pas sur la scène, mais sur le plateau (les musiciens changent même de côté à l’entracte !). Surtout il compose une série d’images surprenantes qui se déplacent en différents points de la scène et content par à-coups la saga de Mackie-le-surineur, truand de haut vol qui prend les riches et les femmes au piège avant de se faire prendre lui-même, malgré sa grande amitié avec le chef de la police (on n’embarque pas impunément la fille de l’organisateur de la mendicité londonienne ! ) Parmi ces visions, peu précises quant à l’époque (plus tirées vers aujourd’hui que vers le rétro), l’une des plus belles est celle où les personnages nous tournent le dos, comme sur une arrière-scène de théâtre, face à un public invisible, plus pathétiques que glorieux, dans un climat glauque de coulisses tristes.

C’est cela qui domine dans la mise en scène de Fréchuret : cette voyoucratie courant désespérément vers la beauté et l’allégresse. Ce qui l’emporte dans la nerveuse direction musicale de Samuel Jean, c’est le dynamisme jazzy. Pour les interprètes, Fréchuret a pensé à un équilibre nouveau qui s’avère judicieux : les rôles masculins sont le plus souvent joués par des comédiens qui aiment chanter (l’excellent Thierry Gibault en Mackie, allant au plus de ses possibilités vocales, composant un méchant attachant, retors et dépassé), les rôles féminins vont à des chanteuses aimant jouer la comédie et plus à même de chanter des partitions difficiles et éclatantes (Eléonore Briganti, Kate Combault). Cela donne, pour ces dernières années en France, un Opéra de quat’sous vibrant et mémorable.

L’Opéra de quat’sous de Bertolt Brecht (texte) et Kurt Weill (musique), texte français de Jean-Claude Hémery, mise en scène de Laurent Fréchuret, direction musicale de Samuel Jean, dramaturgie de Gérald Garutti, scénographie de Stéphanie Mathieu, lumière d’Eric Rossi, costumes de Claire Risterucci, maquillage et perruques de Françoise Chaumayrac, son de François Chabrier, avec les comédiens-chanteurs Philippe Baronnet, Elya Birman, Eric Borgen, Eléonore Briganti, Kate Combault, Xavier-Valéry Gauthier, Thierry Gibault, Harry Holtzman, Laëtitia Ithurbide, Sarah Laulan, Nine de Montal, Jorge Rodriguez, Vincent Schmitt et les musiciens Matthieu Adam, Pierre Cussac, Denis Debrières, Florent Guépin, Samuel Jean, Mathieu Martin, Jocelyn Mathevet, Mathieu Reinert, Frédéric Rouillon, Cédric Le Ru, Davy Sladek. Théâtre de Sartrouville, tél. : 01 30 86 77 79, jusqu’au 20 octobre, puis en tournée : Cergy-Pontoise (3-5 novembre), Forbach (24-25 novembre), Angoulême (1-2 décembre), Marseille – Criée (7-10 décembre), Saint-Quentin-en-Yvelines (5-8 janvier), Vellein-Villefontaine (11-13 janvier), Chalon-sur-Saône (26-27 janvier), Saint-Etienne (1-5 février), Alès (7-8 février), Sénart (23 mars), Vire (27 mars), Argentan (31 mars). (Durée : 2 h 50 avec entracte).

photo Jean-Marc Lobbé

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