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Critiques / Théâtre

L’Idée fixe de Paul Valéry

par Marie-Laure Atinault

Eblouissante

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Une idée fixe, plus régulière que le tic et le tac d’une horloge, obsédante. Une idée fixe qui ne laisse aucun répit à l’esprit. Lancinante comme une blessure.
Une plage au bord de la Méditerranée, écrasée de soleil, sous un ciel bleu implacable, isolé sur un rocher tel Sisyphe roulant son amertume, un homme est au bord du suicide. Tout à la rumination de son idée fixe, il est dérangé par un importun, un docteur en villégiature comme lui. L’homme à idée fixe (Pierre Arditi) déclare « je me sentais en état d’inhumanité », le docteur (Bernard Murat) affublé de tous les accessoires du vacancier : une épuisette, un chevalet et une boite de couleur, vient envahir la solitude morbide. L’importun débonnaire entame une conversation qui va se muer en joute philosophique où l’on aborde la science, Einstein, la politique, et le verbe. LE MATERIALISTE ET LE PHILOSOPHE ferraillent à fleurets mouchetés avec l’esprit le plus pointu et le plus divinement français. La conversation est un baume, un pansement intellectuel. Le bon docteur est un bon praticien et un brave homme !

Une œuvre de commande

Paul Valéry (1871-1945) est pour les écoliers l’auteur Sétois du « Cimetière marin ». De nos jours il semble un peu oublié. Il faut lire « La jeune Parque » son chef d’œuvre, sa pièce « Monsieur Teste »montée à la Comédie des Champs-Elysées avec Pierre Dux et Robert Hirsch qui donne le tournis par son intelligence. Paul Valéry est un poète de style classique mais qui séduisit Aragon et Breton. Celui qui commença sous l’égide de Mallarmé, son maître, écrit des vers admirables qui titillent l’esprit et l’âme par leur rigueur, leur puissance qui génèrent une ivresse intrinsèque. Paul Valéry décida de se retirer en plein succès pour vivre " en philosophie et en mathématique ". Avait-il une idée fixe ?
L’Idée fixe est une œuvre commandée par le corps médical, le dialogue est écrit en 1922, en 1963 Pierre Franck et Pierre Fresnay signent l’adaptation que joueront P. Fresnay et Julien Bertheau. En 1990 Bernard Murat propose à son ami Pierre Arditi " L’Idée fixe " ce fut un triomphe.

Dix sept ans après

La maturité sied bien aux deux amis, ils possèdent sereinement leur art. Chez Pierre Arditi on détecte une faille, comme une petite douleur. Le premier monologue de l’homme désespéré sur son rocher est sobre et atteint une ivresse du verbe. L’homme, Arditi, fait corps avec la roche, son désespoir, sa réflexion irradie sur un public médusé par ce qu’il entend. Son personnage d’atrabilaire est puissant, juste et terriblement émouvant. Bernard Murat campe l’empêcheur de se morfondre en rond, un rôle difficile au premier abord, il est le casse-pieds que nous craignons tous, puis on découvre cet humaniste débonnaire. Le plus beau rôle de Murat, il est merveilleux !
Le spectacle est une réussite totale, le décor minéral de Nicolas Sire les lumières de Laurent Castaingt qui ponctuent la journée, cet écrin est à la hauteur de Paul Valéry. Cette méditation poétique est portée par des comédiens supérieurs qui nous donnent la sensation d’être plus intelligent et c’est très agréable !

L’idée fixe de Paul Valéry. Mise en scène Bernard Murat, avec Pierre Arditi et Bernard Murat.
Théâtre Edouard VII. Location : 01 47 42 59 92

www.theatreedouard7.com

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