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Critiques / Théâtre

L’Homme-Poubelle

par Stéphane Bugat

En toute absurdité

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C’est un spectacle sans prétention mais non sans intérêt qui restera comme une date dans l’histoire du théâtre. C’est en effet la dernière mise en scène de Gabriel Garran, comme directeur du TILF (Théâtre International de Langue Française), qu’il a créé de toutes pièces, il y a de cela vingt ans. A sa manière, c’est-à-dire avec obstination mais sans tapage - une anomalie dans le petit monde des metteurs en scène où l’on aime rien tant que se mettre soi-même vedette - il a fait de ce modeste pavillon, à l’ombre de la Grande Halle de la Villette, un lieu indispensable, notamment ouvert aux auteurs et aux artistes des pays en développement. Ce n’était certes pas son coup d’essai, puisqu’il fut déjà en 1965, en tant que fondateur du Théâtre de la Commune d’Aubervilliers, un de ces missionnaires de la décentralisation théâtrale, en banlieue parisienne, à une époque où il fallait davantage compter sur sa détermination et sa débrouillardise que sur les subventions publiques. Ce n’est pourtant pas parce qu’il passe la main que Garran baisse les bras. Ce jeune septuagénaire dont l’enthousiasme est intact n’a peut-être jamais eu autant de projets en réserve. Pas question de le perdre de vue. Il a encore bien des choses à nous dire et à nous montrer, ainsi qu’en démontre sa mise en scène de L’Homme-Poubelle.

Un univers en déliquescence

L’auteur, le Roumain Matéi Visniec, fut longtemps victime, comme on peut aisément le supposer, de la censure sous la dictature de Ceaucescu. Ce qui ne l’a pas pour autant incité au pamphlet. Il n’est peut-être pas surprenant que ce compatriote de Ionesco ait préféré plonger son œuvre dans un bain d’absurdité. "Nous avons à faire ici à un théâtre modulaire articulé sur l’incongruité de situations limites", souligne Gabriel Garran. L’Homme-Poubelle met ainsi en situation des personnages solitaires (mais un seul comédien) qui, de scène en scène, s’embourbent dans un univers en déliquescence, les situations décrites, malgré ou à cause de leur irréalité, s’avérant de plus en plus angoissante. D’autant que tout cela est raconté dans une langue précise et sobre, presque exclusivement factuelle.

Un interprète de haut vol

Encore fallait-il, pour que ces récits ne deviennent par trop lancinants, un interprète de haut vol. C’est sans nul doute le cas de l’acteur algérien Sid Ahmed Agoumi.
Il s’empare de ses personnages successifs avec une précision et une fantaisie impeccable, passant d’un jeu plutôt cérébral à une implication de plus en plus physique. La mise en scène de Garran lui est un utile soutien. Une scénographie minimale, avec en particulier ce large miroir qui est lui-même un personnage. Une parfaite maîtrise de la lumière qui va jusqu’à déterminer l’espace de l’action. Et surtout, une précision de métronome dans l’organisation des gestes et des mouvements. Au final, aucune volonté didactique. Ce qui est dit suffit.
Ce spectacle peut sans doute sembler étrange, par sa thématique même, autant que par son refus de jouer sur l’émotion. Il demande une certaine attention au spectateur. Il la mérite.

L’Homme-Poubelle, de Matéi Visniec, mise en scène Gabriel Garran, avec Sid Ahmed Agoumi. Théâtre international de langue française, jusqu’au 19 décembre. Tél : 01 40 03 93 95.

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