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Critiques / Théâtre

L’Evangile selon Pilate

par Stéphane Bugat

L’ordre et le doute

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Il n’est pas vraiment antipathique ce Ponce Pilate tel que l’imagine Eric-Emmanuel Schmitt, qui, de toute évidence, prend ainsi quelques libertés avec la cruauté et le cynisme avéré du personnage historique. Il nous le présente en effet comme une espèce de haut fonctionnaire zélé de l’empire romain, un technocrate avant l’heure, mélange plutôt élégant de rationalité et de rationalisme. Son boulot consiste à maintenir l’ordre à Jérusalem et alentours, sur ce coin de terre qu’il juge d’ailleurs dénué d’intérêt stratégique. Il l’assume sans états d’âme ni excès avérés. En l’occurrence, il doit régler le problème posé par un type étrange, ce Yéchoua qui se prétend le fils de Dieu et qu’il préfère surnommer "le magicien de Nazareth". Bien qu’il ait quelques raisons de faire preuve d’indulgence à l’égard de ce perturbateur peu banal qui a tout de même sauvé la vie de Claudia, son épouse bien aimée, il a dû se résoudre à céder à la foule déchaînée et à le condamner à mort.

Un Pilate dictant à son scribe des lettres à son frère

Seulement, le gaillard ne trouve rien de mieux que de faire croire à sa résurrection. Pilate, lui, n’étant pas adepte des fantasmes populaires, s’emploie à élucider le mystère, ou plus exactement à démonter la mécanique de ce qui, à ses yeux, ne saurait être autre chose qu’une supercherie certes bien montée. Chemin faisant, il trouve bien des raisons de douter, ou plus exactement de tanguer entre ses doutes, portant tantôt sur ses propres certitudes sur la marche du monde, tantôt sur ce que signifie l’adhésion de tant de gens simples aux préceptes de ce Messie décidément bien dérangeant. Eric-Emmanuel Schmitt signe ici l’adaptation - ou, plus exactement, la "réécriture" - d’un de ses romans, paru en 2000. Il montre donc Pilate dictant à son scribe (sobrement interprété par Erwan Daouphars) des lettres à son frère dans lesquelles il décrit, par le détail, la situation à laquelle il doit faire face, ainsi que ses propres réflexions. Et lorsque Pilate ne dicte pas, il évoque tout cela en aparté, comme pour contribuer à sa propre compréhension qui a tout lieu d’être défaillante.

Un déroulé s’inspirant d’intrigues policières

D’un point de vue littéraire, tout cela est élégant, parfois même brillant, bien construit, au gré d’un déroulé qui s’inspire des intrigues policières de la meilleure veine. Pour autant, ce n’est pas vraiment du théâtre, aussi surprenant que cela puisse paraître s’agissant d’Eric-Emmanuel Schmitt dont l’expérience d’auteur dramatique n’est plus à démontrer. Ce paradoxe aurait sans doute été aisément surmonté avec une mise en scène un tant soit peu inspirée, ce dont s’est manifestement dispensé Christophe Lidon. Reste donc Jacques Weber/Pilate. Le comédien est solide. Il a de la présence, du métier. On est d’autant plus désolé de constater que sa prestation a quelque chose de routinier. Sans doute eut-il fallu de sa part, au-delà de la stricte performance consistant à occuper le plateau presque seul, pendant plus d’une heure et demie, un engagement plus intense, pour apporter tout le relief de ce personnage tel qu’Eric-Emmanuel Schmitt l’a imaginé. Ce n’est pas tout à fait le cas. Ce qui explique la lassitude que l’on ressent, une fois passé un premier moment de curiosité. Le sujet méritait pourtant davantage qu’un exercice de style, un tantinet prétentieux.

L’Evangile selon Pilate, d’Eric-Emmanuel Schmitt, mise en scène Christophe Lidon, avec Jacques Weber et Erwan Daouphars. Théâtre Montparnasse. Tél : 01 43 22 77 74.

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