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Critiques / Théâtre

L’Epaule Nord

par Jacky Viallon

Un théâtre non textuel dit "Théâtre d’objets "

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Un guide nous interpelle dans la salle et donne le ton de la dérision du spectacle. Une prise de contact sympathique. Il nous explique l’attachement qu’il faut avoir envers les pingouins, espèce animale intuitive qui détient probablement les secrets de la loufoquerie. Après avoir assisté à l’éclosion d’une série d’œufs géants qui nous livrent non pas des poussins-pingouins mais des vieillards amers, revendicateurs et procéduriers, on bénéficie d’une d’apparition de personnages qui vont évoluer dans la pire et sympathique anarchie. Il ne faut pas spécialement y chercher une trame narrative. On n’y retrouverait pas son vocabulaire. C’est un spectacle à prendre comme une performance picturale, avec des tableaux et des mises en espaces.

Trouvailles esthétiques

De par l’utilisation des objets et l’appréhension des silhouettes, cela relève de l‘expressionnisme de Tadeusz Kantor. Il y a aussi des apparitions et des parcours de choses composées, avec des images proches de celles de Bob Wilson. Ces références ne sont là que pour illustrer une certaine plastique théâtrale, mais avouons que ce spectacle a son identité propre. C’est bourré de trouvailles esthétiques. Le concepteur général, Michel Laubu, utilise la technique de la marionnette portée. Le comédien/manipulateur enfile comme des tabliers des formes humaines bâties de bric et de broc, achevées par des têtes mi-zoomorphes mi-anthropomorphes. Il y a une dextérité et une sensibilité telles, de la part des manipulateurs, qu’ils sont aptes à faire basculer la scène de la poésie à la violence.

Dialogue visuel critique et distancié

Tout cela est admirablement contenu et nous donne l’illusion d’une abondance de textes, alors qu’il est absent. D’autant plus intéressant que le manipulateur assume sa présence en installant ouvertement sa complicité avec la forme. Il pousse la convention en entrant en communication avec la marionnette pour créer une sorte de dialogue visuel critique et distancié, donnant au personnage une réelle densité.
Une musique produite à vue par deux musiciens vigilants et attentifs à l’action (Christophe Serpinet et Raphaël Vuillard), accompagne intelligemment ces évolutions. Notons aussi la présence d’un décor judicieusement imposant qui fausse les perspectives du plateau. Des similis colonnades reliés par des arcs, laissant pressentir les entrées et les sorties. Ainsi échappe-t-on à une interprétation classique du cadre de scène habituel. Toutefois, la belle densité de ce travail aurait gagné de la pertinence en étant un peu plus courte. Mais on connaît la difficulté à vouloir établir des choix et des coupes, surtout que la compagnie Turak n’a jamais été à court d’images.

L’épaule Nord, par la compagnie Turak. Texte, mise en scène et scénographie de Michel Laubu. Théâtre de la Cité Internationale, jusqu’au 6 Février. Relâche exceptionnelle : vendredi 4 février 2005. Tél : 01 43 13 50 50 ou compagnie 04 72 10 98 05. Tournée : les 10 et 11 février au Théâtre de Vénissieux, le 22 février à la Scène Nationale de Cavaillon.

Photo : E. Hufnagel

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