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Critiques / Théâtre

L’Entrée en résistance de Jean-Pierre Bodin, Alexandrine Brisson et Christophe Dejours.

par Gilles Costaz

Des arbres et des hommes

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C’est un phénomène qu’on voit apparaître de temps à autre : certains artistes accolent la fiction et l’exposé direct, comme d’autres additionnent l’imaginaire et le document. On peut appeler cela du « théâtre citoyen » mais c’est surtout un geste qui propose une double vue, celle de l’artiste et celle du travailleur de terrain ou du commentateur. Jean-Pierre Bodin avait déjà ébauché cette forme de confrontation avec Très nombreux, chacun seul, élaboré après une longue enquête sur la souffrance au travail. Mais les artistes gardaient leur primauté. Dans L’Entrée en résistance, l’un des chercheurs concernés, Christophe Dejours, s’exprime d’une manière abondante sur le plateau, ayant ses moments d’apparition pendant lesquels Jean-Pierre Bodin, accompagné d’Alexandrine Brisson (vidéaste, mais aussi musicienne et « parleuse »), lui laissent la première place.
Comment « résister » à l’écrasement hiérarchique et à l’usure dans son travail ? Jean-Pierre Bodin développe essentiellement un témoignage, pour que chacun le compare à ce qu’il connaît de la vie sociale. Le monde professionnel choisi ici peut paraître marginal mais Bodin a raison de l’évoquer (si bien) : c’est l’univers des forestiers pyrénéens dont certains sont soumis à de nouveaux impératifs de créations et d’exploitations d’arbres contraires à leur respect de la nature et de ses rythmes. Les très belles images des branchages enneigés et des yeux fureteurs des oiseaux, estampes vidéo mobiles et immobiles à la fois, filmées par Alexandrine Brisson, et quelques moments musicaux donnent à la soirée sa part esthétique. Bodin est lui-même un comédien d’une présence étonnante, qui semble vouloir s’effacer alors que la diction est d’une précision à ne rien laisser dans l’ombre.
N’empêche que le moment est étrange, assis entre deux styles. Les interventions de Christophe Dejours, qui élargit le contexte et développe cette notion de « résistance » - pour lui fondée sur une organisation solidaire et joyeuse – pourront paraître à d’aucuns un peu longues. Ce n’en sont pas moins des exposés très éclairants. Si l’on a la chance, certains soirs, d’avoir une représentation prolongée par un débat, l’on n’en est que plus informé. Celui auquel nous avons assisté était passionnant. Mais il faut savoir, en allant voir L’Entrée en résistance, que la formule imaginée par Jean-Pierre Bodin et Alexandrine Brisson, prévue pour aller à la fois dans les salles de spectacle, les universités et les entreprises, en réaction à la progression de la pensée « néo-libérale », est celle d’un « croisement du théâtre et de la recherche critique ».

L’Entrée en résistance de et par Jean-Pierre Bodin, Alexandrine Brisson, Christophe Dejours., compagnonnage de Jean-Claude Fonkenelle, Jean-Louis Hourdin, images et costumes d’Alexandrine Brisson, lumières de Philippe Terrasson.

Théâtre de la Reine blanche, 20 h 45 du mercredi au samedi, 16 h le dimanche, tél. : 0142 05 47 31. Jusqu’au 5 janvier (relâche les 25 décembre et 1er janvier). Durée : 1 h 15.

Photo Pascal Gély.

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