Accueil > L’Enfant et les Sortilèges de Maurice Ravel et Colette

Critiques / Opéra & Classique

L’Enfant et les Sortilèges de Maurice Ravel et Colette

par Caroline Alexander

Fantasmes, tendresse et poésie pour un enfant pas sage

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Cette production lyonnaise du joyau musical et poétique signé Ravel et Colette est à déguster comme un hors d’œuvre. Cinquante minutes d’enchantement, trois petits tours de magie et puis s’en va, la tête pleine d’images et le swing sur les lèvres…

L’Enfant et les sortilèges n’est pratiquement jamais représenté seul. En général L’Heure Espagnole, l’autre opus lyrique de Ravel, qui n’en composa guère plus, accompagne les tribulations cauchemardées du vilain gamin qui tire la langue et la queue de ses chats. Sa dernière mouture au Palais Garnier, fit pourtant exception à la coutume en choisissant de faire renaître Le Nain, chef d’œuvre oublié d’Alexandre Zemlinsky. C’était, côte à côte, deux visions opposées de l’enfance…

La musique à la portée de tous les yeux et de toutes les oreilles

Aujourd’hui l’enfant est nu, et, tout seul, devient l’initiateur idéal du jeune et même très jeune public, aux grâces des notes, des mots et des rêves. D’autant que la musique est mise pour ainsi dire à la portée de tous les yeux et de toutes les oreilles. En lieu et place du grand orchestre symphonique, une astucieuse transcription pour flûtes diverses, traversières et piccolo, violoncelle et piano (à quatre mains), opérée et interprétée par Didier Puntos, place les musiciens sur scène, tels les observateurs facétieux de la fable. Soupirs et langueurs du violoncelle, ricanements du piccolo, battements de cœur du piano, ils deviennent des personnages au même titre que la théière, l’horloge, la libellule ou la chauve-souris.

Géants revanchards dansant des rondes nocturnes

Patrice Caurier et Moshe Leiser, co-metteurs en scène et compagnons de longue route de l’art lyrique, ont-ils songé à la maison de Ravel de Montfort l’Amoury, en concevant – avec le décorateur Christian Rätz – les images qui peuplent les divagations du sale môme ? Le cheval dans les airs, l’armoire de travers, la cheminée effondrée, les tentures ventrues ont quelque chose de chaud, de cosy que l’on trouve dans les pièces, petites et si habitées de bibelots, de souvenirs, de ce qui fut sa demeure… Le garnement s’y fait tout petit, aux prises avec ces objets qui furent ses souffre-douleur et qui se métamorphosent en géants revanchards dansant des rondes nocturnes et chantent d’étranges bouts rimés.

Jeu effronté de fine comédienne, voix à la clarté d’eau fraîche

Gaële Le Roi avait déjà chanté l’Enfant dans la production du Palais Garnier de 2001. Petite et toute mince, les pommettes pointues et les genoux noueux, elle entre dans les personnages de gamins, gamines comme s’ils avaient été inventés pour elle. Jeu effronté de fine comédienne et voix à la clarté d’eau fraîche, elle incarne ce mélange subtil d e sensualité terrienne de Colette et d’irrévérence acidulée de Ravel. La jeune équipe qui l’entoure dans la multitude de personnages de ses rêves (Kareen Durand, Delphine Galou, Jean-Louis Meunier, Katia Valletaz) apporte la juste dose de folie musicale. Dans l’hilarant duo des chats, Sandrine Sutter et Simon Jaunin sont irrésistibles.

Voilà de bout en bout, un « pestacle » où les enfants peuvent emmener leurs parents.

L’Enfant et les Sortilèges de Maurice Ravel, livret de Colette – transcription musicale Didier Puntos, mise en scène Patrice Caurier et Moshe Leiser, décors Christian Rätz, costumes Patrice Caurier, lumières Christophe Forey. Avec Gaële Le Roi, Thomas Dolié, Kareen Durand, Delphine Galou, Jean-Louis Meunier, Sandrine Sutter, Katia Velletaz et les musiciens Didier Puntos, Frédéric Jouannais, José Daniel Castellon et Valérie Dulac.

Paris – Théâtre de l’Athénée, les 16, 17, 18 & 19 novembre – 01 53 05 19 19 ; www.athenee-theatre.com
En tournée du 2 février au 11 mai 2008 à :
La Comédie de Valence (2/2) ; Grand Théâtre de Reims (5,6,7,8/2) ; Centre Culturel de Guyancourt (10 /2) ; Espace Culturel Velizy Villacoublay (15/2) ; Le Gymnase à Marseille (12,13,14,15/3) ; Théâttre Municipal de Calais (28/3) ; Grand Théâtre de la ville de Luxembourg (12,13,14/4) ;Le Phénix de Valenciennes (22/4) ; le Quai à Angers (28,29,30/4) ; Scèner nationale de Dieppe (6/5) ; Théâtre Monsigny de Boulogne Billancourt (9,11/5)

Crédit photos : Vincent Jacques - Angers Nantes Opéra.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.