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Critiques / Théâtre

L’Ecossaise ou le Café !

par Marie-Laure Atinault

Une comédie inconnue de Voltaire, un rendez-vous à ne pas rater

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En 2004, Vincent Colin lit dans le théâtre de Voltaire édité chez Flammarion, une comédie « L’Ecossaise ou le café ». Le metteur en scène de Candide ne pouvait pas manquer la lecture de cette oubliée de l’histoire de la littérature.

Justice pour le théâtre de Voltaire

Quel destin extraordinaire que celui de François-Marie Arouet, dit Voltaire. Il connut la gloire, la prison, des amours rocambolesques et encore la gloire, la fortune. Le théâtre français et la Comédie-Française lui firent un triomphe. Le catalogue de ses œuvres est impressionnant. Mais en 2007, « Œdipe » sa première tragédie écrite en 1718 (il a 24 ans) qu’il finit en prison, « Zaire », « Le fanatisme ou Mahomet le Prophète » immontable aujourd’hui, « Olympie », « Tancrède », des Opéras, « Pandore », « Le temple de la gloire » et des comédies : « La femme qui avait raison », « L’enfant prodigue » et « L’Ecossaise » aucune de ses pièces ne sont présentes sur nos scènes. A tord et à raison pour certaines.

Depuis des décennies, on nous certifie que le théâtre de Voltaire n’est pas bon. Rarement une telle assertion fut aussi fausse. Le théâtre de Voltaire qui connut un grand succès de son vivant mérite d’être découvert.
Edouard Fournier dans l’édition de 1874 de son théâtre complet donne une analyse pertinente de l’œuvre. Il dit très justement que « le théâtre de Voltaire est le reflet de toutes les agitations de sa vie. ». Il touchera à tous les genres :.tragédies, drames historiques, opéras, pamphlets, son théâtre résume son tempérament, sa saine philosophie de la vie et toutes les gourmandises de ce diable d’homme.
« L’Ecossaise ou le café » peut être vu comme une aimable comédie, un Roméo et Juliette londonien avec un happy end, un mélo grand teint où des répliques bien tournées font sourire. Voltaire puisant son œuvre dans sa vie, quelques indices biographiques vous donneront du sel pour apprécier cette écossaise bien plaisante.

Les amours de François-Marie et de Suzanne

Voltaire s’est amouraché d’une jeune actrice Suzanne Livry. Elle arrive de sa province où elle a connu quelques succès. Elle est ravissante. Elle joue la comédie passablement mais avait des ambitions, elle voulait jouer sur la scène du Théâtre Français. Voltaire lui ouvre les portes.Elle fait ses débuts dans la tragédie et la comédie. Suzanne ne trouve le succès ni dans l’une ni dans l’autre. Le redoutable Fréron, critique à la plume acérée, écrit dans « Les Lettres de la Comtesse » : « Quelques accents qu’elle avait nouvellement rapportés des bords de la Loire. » Autrement dit Suzanne Livry sent sa campagne et Fréron est l’ennemi juré de Voltaire. Dépitée, après un nouvel essai sous un autre nom, Suzanne part pour l’Angleterre avec une troupe de comédiens. La troupe fait faillite. Désespérée, sans ressource, sans appui, Suzanne trouve refuge au café londonien tenu par un français. Le marquis de Gouvernet, huguenot, doit s’exiler à Londres. Il rencontre Suzanne au Café londonien et tombe sous son charme. La suite des amours de l’ex-comédienne et du marquis sont d’un romanesque achevé, pudibonderie de l’un, passion du marquis, manigances chevaleresques. Voltaire s’est servi des aventures de Suzanne.

Café tout compte fait très parisien

En plaçant ses personnages dans un café, il place toute son intrigue dans un lieu hautement théâtral et bien pratique pour l’ambiance. La pièce ouvre sur les considérations pleines d’amertume de Frélon, écrivaillon perfide, on reconnaîtra sous ce portrait l’ennemi de Voltaire, Fréron. Lors de la première représentation de la pièce du Théâtre-Français tout Paris avait les yeux fixés sur le modèle qui assista stoïquement à son exécution scénique. Voltaire écrivit son Ecossaise au Procope. Il la fit paraître sous la plume du révérend Hume et traduit en français par Jérôme Carré. Voltaire était un grand facétieux !

Vincent Colin, grand magicien tendance Marx Brothers

Comment résoudre l’équation scénique qui est la suivante : une scène sans arrière, 8 personnages, une nombreuse figuration, une comédie en cinq actes et tout cela en 1h20. Vincent Colin est en sympathie avec Voltaire. Pour restituer l’effervescence de cette comédie sans tomber dans le mélo alambiqué. L’idée de génie de Vincent Colin est d’avoir choisi trois comédiens pour jouer tous les rôles et les personnages, ainsi la rousse Polley qui est la suivante de Lindane notre Ecossaise, est incarnée à tour de rôle par chaque comédien. Il est très amusant de voir Lord Murray à la mâle assurance interprété aussi bien par un homme et une femme. Un piano droit présentant impudiquement sa mécanique sert de paravent aux changements de costumes. Chaque personnage a un accessoire signifiant qui nous permet de le distinguer immédiatement. Roch-Antoine Albaladéjo alias Fabrice le patron du café (entre autres) pianiste chanteur donne une réplique virevoltante à Sylvain Dumont et Isabelle Kérisit, charmante Lindane. Cette Ecossaise qui danse allègrement une sarabande de personnages et de caractères sous la houlette inspirée de Vincent Colin va peut-être donner envie de relire le théâtre de Voltaire qui nous réserve bien des surprises.

L’Ecossaise - Comédie de Voltaire, mise en scène Vincent Colin
Avec Roch-Antoine ALBALADEJO, Isabelle KERISIT, Sylvain DUMONT
Théâtre du Lucernaire à Paris (6°) - LOC : 01 45 44 57 34

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