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Critiques / Festival / Théâtre

L’Antigone de Créon

par Jacky Viallon

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Le spectacle vous entraîne ex-abrupto sans détours et sans artifices scéniques dans le vif de l’action et de la douleur du sujet. Un décor présent mais animé de presque rien, mais juste nécessaire, sculpté dans un espace de lumière tronqué et tranchant sous la coupe directe du personnage décideur de la pièce.

Ainsi, le spectateur se trouve-t-il précipité à partager le cachot d’Antigone qui attend l’heure de sa condamnation finale préméditée par son oncle, Créon, despote et tyrannique.

Bien sûr, nous sommes loin de l’écriture originelle autour du grand mythe décrit par Sophocle et plus tard par d’autres grands dramaturges. Nous sommes devant une sorte d’allégorie qui décrit, au-delà de l’histoire basique de l’auteur, tout un manichéisme propre aux tyrans. On participe à la fois à la manipulation du bourreau ainsi qu’au tissage de l’inextricable toile d’araignée dans laquelle s’éteint peu à peu Antigone.

Nous assistons, impuissants, à cette joute dont l’occupation de l’espace fictionnel est donnée par les lois naturelles du code de la représentation théâtrale. D’autant plus que la réelle mise en abîme se trouve dissimulée dans une sorte de métaphore scénique inscrite dans la pirouette d’un effet d’écriture dramatique de type « Pirandellien » utilisant l’artifice du théâtre dans le théâtre.

Le spectacle nous met alors devant l’enjeu de chaque protagoniste : la mort certaine pour l’un, pour l’autre le cheminement d’une longue quête vers l’autodestruction. Dans cet espace de fiction le spectacle prend alors en quelque sorte une dimension sacralisante.

Évidemment, cette magie qui transfigure le plateau est due à la technique de jeu impressionnante des deux jeunes comédiens Marie Broche et Mathieu Barbier, qui ont bien compris les chausses-trappe des effets de sensibleries, des croche-pattes du réalisme, et aussi des embûches passant par les effets secondaires dus à l’excès de zèle intellectuel du fameux jeu « distanciatoire ». Non, ici la direction d’acteurs, probablement menée rennes tendues par Marie-Françoise et Jean-Claude Broche, a su les protéger de ces écueils souvent dus à la fougue impétueuse des jeunes comédiens, lesquels, et c’est tout en leur l’honneur, trop curieux des différentes écoles théâtrales se dispersent, s’écartent voire s’écartèlent.

Vu sous cet angle, la maîtrise est impeccable, le faufilage de la direction d’acteur n’est plus visible. Il ne nous reste plus, pour notre plaisir de spectateur, que de voir s’affronter ces deux héros qui existent grâce à la parfaite procuration délivrée à ces deux beaux instrumentistes qui savent faire vibrer en toute finesse ce très beau texte de Miro Gavran dont on est également sensibles aux allusions contemporaines…

L’Antigone de Créon de Miro Gavran, traduction de Andréa Pucnik
Espace Roseau Ts les jours à 18 H 30.
Avec Marie Broche et Mathieu Barbier
Mise en scène Marie-Françoise et Jean-Claude Broche.

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1 Message

  • L’Antigone de Créon 18 juillet 2011 23:44, par Aleth

    On ne sort pas indemne de cette magnifique pièce de Miro Gavran, le texte, le jeux, les voix, 1 h 10 intense.
    La manipulation est devant nous et qui remportera ?
    La pièce est complètement maitrisée par ces 2 acteurs remarquables qui savent nous émouvoir. Antigone réussit presque à destabiliser Creon qui est un monstre d’orgueil, et d’égoîsme.
    Il ne regne pas pour son peuple mais pour lui uniquement. Cette piece est intemporelle et tres actuelle.
    Antigone est fragile, touchante puis forte et déterminée.
    à ne pas manquer sur Avignon, j’ espère qu’elle sera donnée un jour à Paris. Aleth

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