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Critiques / Théâtre

L’Amour existe de Mitch Hooper

par Marie-Laure Atinault

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Michel est perdu, que fait-il dans cette pièce sinistre. Il y est retenu contre son gré. Il a mal à la tête, conséquence de cet accident de voiture. Et puis qui est cette femme qui l’interroge ? De quel droit, lui pose-t-elle toutes ces questions, de plus en plus intrusives. Elle est froide, elle lui parle avec un ton condescendant comme si il était malade. Il se sent agressé par sa curiosité. Telle une araignée, elle lui tourne autour, il est tout perdu et il s’accroche à sa chaise comme à un rocher. Il est emberlificoté dans les rets tendus par la femme en noire. Acculé, désespéré, il lâche des mots qu’il ne veut pas comprendre. Il ne se souvient plus de certains détails. Cet accident, ce mal de tête, non il ne se souvient plus ou il ne veut pas se souvenir. Ses contradictions, ses mensonges, l’étouffent. Le voile de son terrible secret va se déchirer lors de ce huis-clos angoissant où les rôles de persécuteur et de victime, où le bien et le mal, vont changer de camp.

Mitch Hooper, dans ce texte coup de poing, explore un thème finalement peu présent à la scène. Les bourreaux ont été des enfants, eux aussi ils ont eu peur du noir, ont serré leur ours en peluche sur le cœur. Quel avenir pour un enfant qui a été maltraité, persécuté, violé ? Quel processus va conduire l’enfant devenu adulte à reproduire le mal qu’il a subi ? Le manque d’amour, la protection des adultes tutélaires créent des lésions irréparables.

La pièce est construite comme un thriller angoissant, on prend parti, qui est le bon, qui est la méchante, à moins que cela ne soit le contraire.

Florence Gout et Patrick Della Torre nous captivent littéralement. Florence Gout, implacable « Araigne Royale », tisse sa toile autour de sa victime, dansant une danse haletante. Patrick Della Torre, attachant avec son air perdu, sait faire passer le désarroi infini de la victime qui sait qu’elle est perdue. Les deux comédiens habitent la scène de leur présence, jouant des silences, des gestes et tiennent leur public jusqu’au dévoilement final.

Le titre L’Amour Existe est pour nous le seul défaut du spectacle, même si nous sommes entièrement d’accord avec cette affirmation, il peut induire en erreur sur le thème de la pièce, mais plus encore sur le ton ; ce n’est pas une comédie. Cette mise au point nous semble indispensable.

L’Amour Existe est un très beau spectacle, exigeant, dérangeant, changeant notre regard.

L’Amour existe de Mitch Hooper
Mise en scène Thierry Mourjan et Christine Casile, avec Florence Gout et Patrick Della Torre
A La Folie THEATRE Paris (11) Tél : 01 43 55 14 80 - du jeudi au samedi à 21h30 et le dimanche à 18h

http://www.folietheatre.com/

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