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Je veux jouer toujours de Jacques Nichet

par Jacky Viallon

À consulter, à lire, à adopter !

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Ce livre est plus qu’un livre, mais une véritable œuvre d’art. On voudrait lui tourner les pages avec l’émotion et le respect dus à un incunable aux riches enluminures.

Jacques Nichet nous offre quelques pages sur sa réflexion, ô combien juste, de sa vie théâtrale. Il le fait comme pour ses mises en scène avec une perfection émouvante. Il présente son oeuvre avec modestie et poésie tout en insistant largement sur la notion du rêve et de la prépondérance de l’art en tant qu’arme de résistance encore possible. Jacques Nichet installe et entretient toujours la rébellion en imposant à « l’avant-scène » son dragon défenseur de l’intelligence et de l’interprétation ( Parfois esthétique) d’un monde apparemment banal. Car cette réflexion et ce panoramique sur le théâtre actuel sont riches d’ouverture, d’initiation et de formation.

De par l’accompagnement photographique digne du terme d’iconographie il y a quelque chose d’universel dans cette présentation. On parcourt donc cet ouvrage en entrant dans l’univers de chacune de ses créations par des pointes de lumières, des colorations qui nous parlent et nous transcrivent des constats de vie à travers de belles découpes. Quand on feuillette ce chef-d’oeuvre pour la première fois on perçoit une sorte de kaléidoscope qui semble nous donner rendez-vous avec ce que l’on pourrait nommer sans complaisance : la perfection. L’acuité et la justesse de l’utilisation du crédit photographique nous parlent à travers le silence de ce recueil. Quand on considère chaque photo on a le sentiment que les photographes ont anticipé l’ouvrage tant l’unité d’ensemble est forte et cohérente. Bref ces collaborateurs avaient déjà bien intégré le message ô combien silencieux, à la fois tonitruant et alarmiste de Jacques Nichet. « Faisons un théâtre joyeusement politique…. » dira-t-il. Et si par bonheur on a vu ses spectacles on s’aperçoit que les choix portent sur les clichés les plus pertinents. Sorte de fixation dans l’absolu, idem à la puissance évocatrice de Tadeuz Kantor. Il y a ainsi chez Nichet une rare qualité distanciatoire dûe sans doute à l’abandon de son propre ego au profit de la pertinence de sa perception totalement objective du monde. Comme dans ses mises en scènes qui sont toujours d’une parfaite et efficace lisibilité il sait éclipser son intelligence pour faire apparaître au profit de chaque lecteur ou spectateur que la beauté apparente est entièrement produite par l’oeil du contemplateur. Cet angle de regard et d’écoute lui échappe probablement tant il est au service de l’art espérant quelque par modifier chez l’autre jugement et comportement.

On s’aperçoit aussi qu’en avançant dans ce livre, c’est-à-dire dans la parole d’un artiste contemporain que Jacques Nichet s’est, bien sûr, toujours attaché a des sujets sociaux. Il avalise et cautionne bien sa réflexion et s’y engage, tout au long de sa généreuse carrière, avec une sincère vérité.
Quand il dit après avoir redécouvert le livre Svetlana Alexievitch - les cercueils de zinc- « Je ne pouvais plus (temporairement sans doute ) me laisser porter que par la fiction ». Mais il est aussi vrai, qu’en plus de cet attachement au social à caractère presque militant, Jacques Nichet sait nous offrir un regard poétique : une interprétation du réel qui fait passer le message avec popularité.

Comme dans la vie, dans son livre, Jacques Nichet s’habille de toute une discrétion pour faire porter sa parole par de modestes procurations. Aussi pour exprimer sa pensée ou légender quelques photographies fera-t-il appel à des citations saisies dans le corps du texte ou s’emparera-t-il d’un extrait de scène dont la juxtaposition avec l’expression photographique générera un nouvel énoncé encore plus pertinent et plus efficace.

L’impact pédagogique et artistique de ce livre fait qu’il est à la portée de tous. En admettant même que l’on ne connaisse pas les spectacles de ce créateur on rentre dans un univers qui nous ouvre, ô combien de portes, sur une esthétique et une dialectique tellement suggestives qu’elles sembleraient nous communiquer en douce conséquence une approche sensible et intuitive du théâtre.

À consulter, à lire, à adopter ! Sinon faites-vous le offrir… Ou si vous n’êtes pas déjà fâché contre vous-même en ce début d’année, offrez-vous un plaisir : achetez-le ! Achetez-en surtout deux : un pour vous et un pour un ami que vous voulez convertir au théâtre !


« Je veux jouer toujours » de Jacques Nichet. Editions Milan, 2007. Prix : 29 €

www.editionsmilan.com

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