Paris,, théâtre des Mathurins
Je ne serai pas au rendez-vous de Patricia Haute-Potier et Ladislas Chollat
Une pièce-roman d’aujourd’hui

Etre au rendez-vous ! C’est tout le problème de la pièce très romanesque de Patricia Haute-Potier et Ladislas Chollat, qui fait souffler un vent de jeunesse sur un théâtre français souvent trop arc-bouté sur les générations aguerries. Au centre de l’histoire, un jeune couple qui va se marier. Lui, étudiant en littérature, termine une thèse sur un écrivain qu’il admire et n’a jamais rencontré, un romancier actuellement replié au Québec. Elle complote pour faire à son fiancé la surprise d’une rencontre avec cet écrivain qui doit passer par Paris. Mais rien n’a lieu comme prévu. La fiancée ne va pas au rendez-vous, se fait remplacer par une amie comédienne, ce qui créée des quiproquos mais surtout déplace les relations. L’étudiant ne fera pas la connaissance de son idole, l’idole va se passionner pour la jeune comédienne, le couple va se dissocier et vivre de nouvelles vies entre le vieux monde et le nouveau monde. Jusqu’à ce que se produise un nouveau rendez-vous où chacun sera à l’heure, dans son personnage, mais l’un y sera comme puissance invitante et morte, puisque la raison de ces retrouvailles sera son enterrement.
Voilà un texte qui respire la jeunesse en effet, mais aussi un univers moderne où les frontières n’existent pas et où la culture se mêle à l’amour et aux passions. Ce n’est pas si fréquent. Les débuts d’auteur de Ladislas Chollat – qu’on connaissait comme metteur en scène (et, au même moment, ce même Chollat met en scène Line Renaud dans Harold et Maud au théâtre Antoine !) – sont fort convaincants. Il a développé son scénario en compagnie de Patricia Haute-Potier et cela donne une pièce non littéraire, mais vive, vibrante dans son action et à travers ses personnages, palpitante en tout cas. La mise en scène de Chollat tend à faire des effets cinématographiques, en découpant des plans et des arrière-plans, avec virtuosité. Les jeunes interprètes, qui avaient plutôt été des interprètes de cinéma, Aurore Auteuil, Clémentine Poidatz (qui passe joliment de la jeune bourgeoise à la jeune femme libre) et Nicolas Giraud, savent être justes et sensibles à petites touches, dans une succession de séquences courtes. Roger Dumas est le grand acteur que l’on sait : il campe le vieil écrivain de toute sa présence bourrue et bourrée à l’alcool de vie. L’œuvre fait penser à Robert Lepage par ses thèmes et la mobilité de sa forme. Ce n’est pas une mince référence pour cette découverte qui diffuse un véritable bonheur.
Je ne serai pas au rendez-vous de Patricia Haute-Potier et Ladislas Chollat, mise en scène de Ladislas Chollat, décor d’Edouard Laug, costumes de Doby Broda et Christiane Chollat, lumière de Gaëlle de Malglaive, avec Roger Dumas, Aurore Auteuil, Nicolas Giraud et Clémentine Poidatz. Mathurins, 19 h, tél. : 01 42 65 90 00. (Durée : 1 h 25).




