Paris – opéra Comique – jusqu’au 30 mars 2013
Il segreto di Susanna d’Ermanno Wolf-Ferrari et La Voix Humaine de Francis Poulenc et Jean Cocteau
En beauté et en voix Anna Caterina Antonacci revient à l’Opéra Comique
- Publié par
- 25 mars 2013
- Critiques
- Opéra & Classique
- 0

Quatre ans après son triomphe dans Carmen de Georges Bizet à l’Opéra Comique – et quatre mois après son naufrage dans la même Carmen à l’Opéra Bastille – (voir WT 2677 3527 des 10 juin 2009 et 12 décembre 2012), Anna Caterina Antonacci retrouve la salle Favart, à l’acoustique taillée aux mesures de son timbre chaud de mezzo soprano.
Deux courtes œuvres composées à cinquante années d’intervalle (et toutes deux créées à l’Opéra Comique), composent le menu qui donne à la belle italienne l’occasion d’étaler deux facettes de son talent : drôlerie, légèreté et humour dans Il segreto di Susanna- Le Secret de Suzanne d’Ermanno Wolf-Ferrari (créé en 1921), tragédie et désespoir dans la Voix Humaine (créé en 1959) que Francis Poulenc composa sur un monologue de Jean Cocteau.
Malgré un père bavarois et des maîtres allemands, Wolf Ferrari, né à Venise (1876-1948) compose une musique italienne d’âme. Il aime et sert Goldoni et trouve chez Donizetti les marques de la comédie bouffe, ancêtre de la comédie musicale. Il segreto di Susanna l’illustre en volutes roses attisées par la jalousie. Il s’agit bien ici de la libération de la femme et des hommes qui n’aiment pas ça ! Suzanne, jeune mariée, a besoin de liberté, elle la trouve dans les bouffées interdites des cigarettes. Le comte son mari en respire les effluves refroidis et les attribue à un amant. Le voilà parti dans la course au fantôme du tabac avant de succomber à son tour aux délices addictifs de la nicotine. Le baryton Vittorio Prato en mari aboyeur posté aux aguets olfactifs et le danseur Bruno Danjoux en valet complice et voyeur entourent une Antonacci légère et espiègle qui semble se fondre avec délices dans les pastels qui baignent le décor de toutes les couleurs d’un arc en ciel de bonbonnière.
Un décor aux murs droits, tout simples, que le metteur en scène Ludovic Lagarde fait tourner sur lui-même dans la Voix Humaine, découvrant les espaces d’un appartement livré à la solitude, chambre, salon, salle de bains, comme la femme qui l’occupe et qui, liée à l’homme qui l’abandonne par le fil de son téléphone se vide peu à peu de sa substance. La pièce de Cocteau, chant de douleur, fut créée à la Comédie Française par Berthe Bovy en 1930. Près de 30 ans plus tard Francis Poulenc lui ajouta les tourments de sa musique. A peine un acte pour un chef d’œuvre qui palpite et qui saigne.
Denise Duval en fit un triomphe. Antonacci s’y livre avec cette élégance qui lui est propre, cette façon de vivre en aristocrate toutes les choses, même les pires. Elle souffre mais ne sombre pas, ne se laisse pas aller. Sa diction impeccable, à peine teintée d’Italie, rehausse ses graves de soie, ses émotions explosent aussitôt retenues. Elle est l’absence, elle est là. Elle fait monter les larmes.
A la tête de l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg, Pascal Rophé fait jaillir les musiques avec plus de vigueur que de nuances.
Il segreto di Susanna d’Ermanno Wolf-Ferrari et La Voix Humaine de Francis Poulenc et Jean Cocteau, Orchestre Philharmonique du Luxembourg direction Pascal Rophé, mise en scène Ludovic Lagarde, décors Antoine Vasseur, décors Fanny Brouste, lumières Sébastien Michaud, vidéo Lidvine Prolonge. Avec Anna Caterina Antonacci, Vittorio Prato, Bruno Danjoux.
Opéra Comique, les 20, 23, 26, 29 mars à 20h – le 17 à 15h
0825 01 01 23 – www.opera-comique.com
Photos Bohumil Kostohryz






