Il barbiere di Siviglia de Gioacchino Rossini

OLÉ !

Il barbiere di Siviglia de Gioacchino Rossini

Cette production du Teatro Real de Madrid invitée par le Théâtre du Châtelet pourrait se sous-titrer « Au pays du sourire »… Car des sourires on en a plein les lèvres et les dents durant les trois heures de ce « melodramma buffo » que Gioacchino Rossini (1792-1868) tira en quelques semaines du Barbier de Séville de Beaumarchais. Cette bonne humeur sans arrière pensée ni arrière plan s’inscrit en harmonie avec la politique de Jean-Luc Choplin, le patron de l’institution, qui a placé ses programmes sous le signe des divertissements de belle qualité.

Emilio Sagi qui signe la mise en scène est d’ailleurs un habitué de la maison dont il cuisine la scène et les coulisses depuis le premier jour. Après Le Chanteur de Mexico qui inaugurait l’ère « Choplinesque », La Generala et The Sound of Music (voir webthea des 26 septembre 2006, 2 juin 2008 et 21 décembre 2009) voici donc son quatrième plat de résistance, ce Barbiere di Siviglia scellé du même cachet de fantaisie décomplexée.

Sagi étant espagnol il place son barbier dans son pays et sa ville présumée ce qui n’est pas toujours le cas, ses auteurs étant respectivement français et italien. Voici donc Séville la blanche dans ses décors tournant d’opérette tirés à quatre épingles comme une jeune fille de bonne famille (Llorenç Corbella) et ses personnages en costumes aux couleurs vives, tout neufs, sans faux pli, sortis droits de l’atelier d’un bon faiseur (Renata Schussheim). Même Figaro, le barbier-chirurgien, orphelin vagabond à tout faire qui ne découvrira ses origines que dans le Mariage/Les Noces de Figaro du même Beaumarchais mais mis en musique par Mozart, est fringué comme un mannequin de vitrine haute couture…

Flamencos balancés et passes de toréro

On est loin d’une Coline Serreau, de son militantisme féministe si finement analysé et joué dans ce même Barbier transplanté à l’Opéra Bastille dans un Orient ludique où les femmes sont traitées comme des objets de consommation (voir webthea du 13 janvier 2005) Emilio Sagi n’est ni un coupeur de cheveux en quatre ni un maniaque des lectures socio-psychologiques. Il raconte l’histoire à l’état brut, lui injecte des flamencos balancés (à la sauce rossinienne) et des capes qui voltigent en passe de toreros. Olé !

Côté voix, les pointures sont moyennes. Rien de choquant, rien de transcendant, aucun timbre qui fâche, aucun à faire rêver. L’anglaise Anna Stéphany ne fait oublier ni Maria Bayo et encore moins Joyce di Donato qui furent Rosine à Bastille mais elle a du charme et de l’aplomb tout comme le très chic Figaro du baryton italien Bruno Taddia, comédien monté sur ressorts. On découvre le jeune ténor roumain Bogdan Mihai, joli g arçon, vaillant petit soldat du lyrique, charmeur pétulant, à la voix certes veloutée mais trop frêle pour aborder ces morceaux de haute voltige avec lesquels Rossini s’amusait sans doute à défier ses interprètes. La basse Nicolas Courjal se révèle parfaite pour rendre hilarant le fameux air de la calomnie de Don Basilio (il en fait des tonnes). Le Bartolo de Tiziano Bracci impose sa présence de patapouf machiste et l’ampleur de sa voix de baryton basse qui faiblit à peine dans les numéros de vocalises lancés à la vitesse d’une mitraillette, la grande spécialité de Rossini qui ici, dans les duos, trios et quatuors s’articulent avec la précision d’une horlogerie.

En osmose avec le spectacle, Jean-Christophe Spinosi à la tête de son ensemble Matheus, fait joyeusement gicler, voire pétarader la musique de Rossini ; Au baisser de rideau, on aura assisté à trois heures de bouffonneries en technicolor. Un plaisir à prendre sur le vif et qui s’oublie aussitôt comme le goût d’un moelleux au chocolat ou d’un flan à la vanille.

Il Barbiere di Siviglia de Gioacchino Rossini, livret de Cesare Sterbini d’après Le Barbier de Séville de Beaumarchais. Ensemble Matheus, direction Jean-Christophe Spinosi, chœur du Châtelet, chef de chœur Gildas Pungier, mise en scène Emilio Sagi, chorégraphie Nuria Castejon, décors Llorenç Corbella, costumes Renata Schussheim, lumières Eduardo Bravo. Avec Bogdan Mihai, Bruno Taddia, Anna Stéphany, Tiziano Bracci, Nicolas Courjal, Christian Helmer, Giovanna Donadini, Félix Calvarro Dominguez, Jean-Philippe Catusse, Jorge Crudo.

Théâtre du Châtelet - les 22, 24, 26, 28 janvier à 20h, le 30 à 15h

01 40 28 28 40 – www.chatelet-theatre.com

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage, elle...

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