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Critiques / Opéra & Classique

Il Matrimonio segreto

par Caroline Alexander

Folie lyrique dans le onzième arrondissement

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Une aventure, une gageure : peut-on monter un opéra dans un théâtre de quartier et le programmer sur une longue durée comme une pièce de théâtre parlé ? C’est le défi que viennent de relever Anne-Marie Lazarini, metteur en scène et directrice de l’Artistic Athévains, une salle conviviale du 11ème arrondissement et Andrée-Claude Brayer, chef d’orchestre de l’Orchestre-Studio de Cergy-Pontoise, en produisant ce petit joyau « d’opera buffa » qu’est Le Mariage Secret/Il Matrimonio Segreto de Domenico Cimarosa. Une réussite de fraîcheur et de drôlerie que mélomanes et néophytes pourront savourer ou découvrir jusqu’au mois de mai. Avant son installation au Festival d’Auvers-sur-Oise.

La production battrait-t-elle ainsi un record ? Un de plus ? Cet opéra-là en a pris l’habitude dès sa première représentation en 1792 au Burgtheater de Vienne, où l’empereur Leopold II, subjugué, demanda à la troupe de bisser le spectacle de A à Z, après lui avoir offert à souper… Extravagance unique dans toute l’histoire du genre lyrique depuis Monteverdi à nos jours…

Mozart était mort depuis deux mois. Cimarosa avait sans doute connu ses Nozze di Figaro ou Don Giovanni mais il s’apparentait davantage à Paisiello, et, par sa fantaisie annonçait à la fois Donizetti et Rossini. Comme eux, il était d’Italie et portait en lui le suc des farces et bouffonneries de la commedia dell’arte. Avec son librettiste Giovanni Bertati, il en tirait des tourbillons de quiproquos, les habillait de phrases courtes, de mots gourmands, d’onomatopées facétieuses. Puis les accommodait de sons napolitains et de vocalises à débiter à la mitraillette.

Après un coup d’essai à Cergy Pontoise par une Traviata réussie avec un minimum de moyens, Anne-Marie Lazarini s’est laissé séduire par ce « melodramma giocoso » virevoltant, cynique et parfaitement amoral. Où il est question d’un couple de tourtereaux qui a eu le culot de se marier en secret, fait qui à lui seul devait apparaître à l’époque d’une rare audace. Pourquoi tant de mystère ? Parce que le père de la jeune mariée est un bourgeois enrichi qui rêve comme monsieur Jourdain de devenir gentilhomme et veut pour cela unir ses filles à des aristos à particule, fussent-ils ruinés… D’où une cascade de quiproquos, de méprises et d’équivoques que la musique de Cimarosa fait mousser et pétiller. Avec l’arrivée d’un comte pédant, imbu de sa personne, qui, au lieu de tomber amoureux de l’aînée qui lui est destinée s’entiche de la cadette déjà - clandestinement - mariée. Pour épicer le tout la sœur du pater familias, veuve en quête de consolation, jette son dévolu sur le fringant époux de sa nièce… Comme nous sommes au royaume de « l’opera buffa », tout se terminera pour le mieux dans le meilleur des mondes - de marchands et de dupes - possible…

Pour inscrire ce petit chef d’œuvre dans l’espace des Athévains, Andrée-Claude Brayer, le tailla à ses mesures grâce à une réorchestration qui ramène les effectifs d’un orchestre de type mozartien à une formation de chambre composée de cinq cordes, un hautbois, un cor et un clavecin, qui prennent ici, chacun, valeur de soliste, le hautbois et le cor naturel du corniste Philippe Durant étant particulièrement à la fête.

Simplicité du décor de François Cabanat – une terrasse ensoleillée ceinturée d’arcades feuillues, costumes en clins d’œil de Dominique Bourde passant du noir de vêtements d’aujourd’hui aux atours précieux et aux perruques poudrées du 18ème siècle. : Les jeunes chanteurs recrutés par Andrée-Claude Brayer se sont laissés guidés avec une gourmandise visible par les gags, les trouvailles et la facétieuse direction d’acteurs d’Anne-Marie Lazarini. L’acoustique donne des ailes aux voix (parfois un peu trop : elle leur donne tant d’ampleur que l’on a parfois l’impression –fausse – d’une sonorisation artificielle). La soprano Gaëlle Pinheirio, mutine, coquine, et le ténor Gorka Robles-Alegria, plus sage et plus retenu, forment le couple masqué, Karine Godefroy révèle le punch d’une Rosine rossinienne. Jolie ligne de chant de la mezzo Claire Geoffroy-Dechaume, bonne projection et humour du comte baryton Frédéric Bang-Rouhet. La palme revenant à la basse bouffe Pierre-Michel Dudan, irrésistible dans le rôle du barbon affamé de gloriole sociale.

Il Matrimonio Segreto/Le Mariage Secret de Domenico Cimarosa, livret Giovanni Bertati. Orchestre-Studio de Cergy-Pontoise, direction Andrée-Claude Brayer, mise en scène Anne-Marie Lazarini. Avec Frédéric Bang Rouhet, Pierre-Michel Dudan, Claire Geoffroy-Dechaume, Karine Godefroy, Gaëlle Pinheiro, Gorka Robles-Alegria – Théâtre Artistic-Athévains. Jusqu’en mai 2007 – 01 43 56 38 32 – Festival d’Auvers sur Oise/Théâtre de Jouy, les 24,25 & 26 mai – 01 30 36 10 10

Photos : Marion Duhamel

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