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Critiques / Opéra & Classique

IL MATRIMONIO SEGRETO/LE MARIAGE SECRET de Domenico Cimarosa

par Caroline Alexander

La belle santé de l’Atelier Lyrique de l’Opéra National de Paris

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Le condensé de bouffonneries amoureuses et matrimoniales du Mariage secret de Cimarosa vient de contaminer les jeunes pensionnaires de l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris. Quelle santé ! Napolitain, contemporain de Mozart, expert ès opéra-bouffe, Cimarosa composa son Matrimonio segreto pour l’empereur Léopold II d’Autriche qui s’en amusa tellement qu’il en fit bisser la première au Burgtheater de Vienne en 1792. La production de l’Atelier Lyrique dans la mise en scène aux cent gags de Marc Paquien avec la magnifique complicité des jeunes instrumentistes de l’orchestre OstinatO constitue un petit régal.

Depuis quelques saisons déjà l’Atelier Lyrique fait entrer ses jeunes chanteurs dans la cour des grands en présentant des œuvres lyriques montées intégralement. Après quelques détours illustrés autour de compositeurs comme Monteverdi et Purcell et Massenet, après Les Aveugles, création mondiale livrée clefs en mains au Théâtre Gérard Philippe de Saint Denis (voir webthea des 12 décembre 2006, 3 juillet 2006, 17 mars 2008), Christian Schirm, patron de l’Atelier, les remet en situation de baptême des feux de la rampe. Cette fois à la MC93 de Bobigny, depuis trente ans lieu magnifique de création théâtrale.*

Les ébats amoureux des enfants de Cimarosa y ont en tout cas trouvé un espace superbement approprié à leur fantaisie. Car il y en a à revendre dans ce melodramma giocoso où un jeune couple fou d’amour et de désir a convolé en noces clandestines pour échapper aux diktats d’un père plein aux as mais en attente fébrile d’ascension sociale via la particule d’un titre de noblesse. L’aubaine se présente sous les traits d’un comte fauché auquel le pater familias promet en mariage l’aînée de ses filles – qui ne demande que ça – mais, patatras, le dandy aristo tombe raide d’amour pour la cadette… qui est déjà mariée… Et, pour compliquer le tout, la sœur du papa, veuve de son état et nymphomane par solitude, jette son dévolu sur l’époux masqué de sa nièce… D’où une enfilade de gags qui rebondissent sur un trampolino de quiproquos…

Les filles se taillent les plus belles parts du gâteau de la réussite

Marc Paquien qui met en scène les chanteurs de l’Atelier pour la troisième fois déjà, les connaît et sait comment en tirer le meilleur tant sur le plan de la comédie que sur celui de la fidélité à la musique. Ici le parti pris affiché est celui de la farce et de la gaudriole où les problèmes de cul prennent le dessus sur les problèmes de cœur, ce qui est, après tout, l’essence même de l’œuvre. Cela se passerait aujourd’hui - ou n’importe quand - chez un Geronimo, marchand d’art spécialisé en vraies ou fausses statues antiques qui serviront ici et là de partenaires coquins involontaires… Le décor use habilement de récupération avec notamment le canapé rouge en forme de lèvres emprunté à la Lulu de Berg, présenté à Bastille en novembre 2003 !

Les filles se taillent les plus belles parts du gâteau de la réussite. Dans la première distribution, Claudia Galli, luxembourgeoise d’origine italienne et portugaise, soprano aux aigus fruités a l’exacte fraîcheur et la spontanéité de Carolina, la jeune mariée inavouée, Maria Virginia Savastano, soprano d’Argentine met autant de drôlerie que de musicalité dans le rôle d’Elisetta, la mal aimée qui en pince pour celui qui lui était promis mais qui ne veut pas d’elle, en Fidalma, la tante érotomane, la mezzo-soprano canadienne Andrea Hill, joue avec autorité et humour les femmes fatales lascives et allumées façon Marlène Dietrich, le timbre aussi onctueux que le jeu. Toutes trois ont déjà été remarquées dans les précédentes productions de l’Atelier tout comme Ugo Rabec, jeune basse française plusieurs fois primée, toujours alerte et juste mais qui ici peine parfois à trouver l’ampleur exigée par la taille de la salle. Le ténor Paul Cremazy a du charme, de la légèreté et c’est le baryton ukrainien Vladimir Kapshuk qui éprouve le plus de difficulté à rendre crédible son personnage d’aristo pédant, projection incertaine et timbre encore un rien pâlichon.

Pour la première fois donc un orchestre complet les accompagne et pas le moindre : celui de l’orchestre-atelier OstinatO, ensemble fondé il y a une douzaine d’années par le talentueux Jean-Luc Tingaud qui en toujours le directeur musical. Mais c’est Antony Hermus, un jeune chef hollandais, qui leur a donné la juste saveur et toute l’agilité de ce Cimarosa aux parfums de commedia dell’arte.

* On sait que la Comédie Française, avec l’appui du Ministère de la Culture, tente sans rime ni raison depuis le début de la saison de s’approprier ce théâtre que Patrick Sommier, successeur d’Ariel Goldenberg et de René Gonzalès, dirige sans fausse note ni accroc. Le Français est déjà dépositaire de trois salles à Paris intra muros… Est–ce le principe du « toujours plus » des nantis qui a ouvert son appétit vers une institution qui ne demande qu’à garder son identité et son très large public ?

Le mariage secret/Il matrimonio segreto de Domenico Cimarosa par l’Atelier Lyrique de l’Opéra National de Paris, direction musicale Antony Hermus à la tête de l’Orchestre-atelier OstinatO, mise en scène Marc Paquien, décors Gérard Didier, costumes Claire Risterucci, lumières Dominique Bruguière. Avec en alternance Ugo Rabec et Nahuel Di Pierro, Marie Virginia Savastano et Julie Mathevet, Claudia Galli et Elisa Cenni, Andrea Hill et Letitia Singleton, Vladimir Kapshuk et Aimery Lefèvre, Paul Crémazy et Manuel Nunez Camelino.

Bobigny – MC93 – les 28 & 30 avril, 2 & 3 mai – 01 41 60 72 72

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