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Billets d’humeur / Jacky Viallon

Hommage à Claude B.

par Jacky Viallon

"Chronique en retard d’une mort avancée" ou " la douloureuse déchirure d’une feuille de papier crépon "

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Pour cette première chronique de la rentrée : morosité oblige et se déguise dans la métaphore du sous-titre.
Ce n’est malheureusement pas une « plaisanterie-pirouette » dont l’auteur est souvent trop copieusement familier ainsi qu’exaspérément friand.
Non, l’instant qui griffe et écorche la part du temps de ces quelques lignes est un instant de recueillement. Hommage que l’on se doit de rendre à un artiste qui nous a fait partager sa vision sensible vectorisée par son œuvre ciselée d’intelligence et de discrétion.
Il vient volontairement de nous quitter accompagné par la main tragique et fidèle d’une délicate épouse qui n’acceptait pas son départ éminent sonné par une grave maladie.
Nous parlons de Claude B. qui signait ses œuvres picturales de « cba », gardant ainsi un semi-anonymat.

Faisons quelques pas avec lui pour l’accompagner dans son dernier voyage. Tentons par quelques images de pérenniser et de fixer quelques attaches ou bribes de souvenirs.
Claude B. était un autodidacte fin et sensible, avec la richesse de ceux qui ce sont forgé et construit un jugement par le doute, l’échange, le comparatif, la diatribe, la controverse et le « pour et le contre », animateur de la célèbre « dialectique » nécessaire dans la trousse d’urgence de la critique.

Claude avançait avec assurance dans ses convictions, mais aussi, chez lui la tolérance était subtile et il savait être pédagogue et s’imposer sans compromettre l’échange.
Parfois, déplaisait-il par des vérités trop bien envoyées : message tout crû en caractère gras droit dans le texte. Pas l’espace ni le temps de vous retarder pour vous retarder avec de la pièce jointe : Non ! Claude c’était du corps direct dans le message ! Pas une once d’hypocrisie pas plus qu’une poussière de complaisance. Et comme la plupart du temps son intelligence lui donnait foncièrement raison, on se contentait, à défaut, de cliquer bêtement une réplique imprécise en esquissant un copier/coller validant lâchement notre résignation. Bref, vous aviez pris et appris une leçon de vie dans le corps du texte.

Quant à sa carrière tracée et bâtie de façon empirique elle fut riche, variée et sinueuse. A son contact on ressentait la sérénité de ceux qui avaient compris que l’art, domaine de l’âme, était toutefois le terrain de conflit assistant au duel déjà tant interdit entre le réel et l’irréel et que c’est ce combat qui permet de vaincre les souffrances et inquiétudes du quotidien. Ainsi, ses pensées exprimées justes et laconiques se construisaient en pilotis dans notre mémoire et nous soutenaient inconsciemment face à cet éternel doute qui nous terrorise.
Au niveau de la pratique Claude fut tout d’abord administrateur d’une importante compagnie de théâtre avant de fonder la sienne avec son frère Daniel B, metteur en scène. Il y garde aussi la responsabilité administrative tout en exerçant le rôle de scénographe, de créateur de marionnettes et également de manipulateur.
Claude travaille alors sur des grandes formes, des marionnettes géantes, marottes de plus de deux mètres de haut en armature de bois et corps en papier crépon à la découpe très abstraite initiant la jeunesse à aborder le non-figuratif avant de s’aventurer vers l’abstrait. La musique y était prépondérante et le choix audacieux en allant chercher, à l’époque, des supports du coté de la musique contemporaine.
Les Frères B. ont amplement participé au dépoussiérage du spectacle en direction de la jeunesse. Ils ont non seulement apporté une esthétique nouvelle en rompant avec la tradition du guignol Lyonnais mais aussi dépoussiéré le théâtre pour enfant en confrontant des comédiens à ces formes animées issues de l’école du semi-figurative. Les arguments ont alors évolués vers des thèmes plus sociaux et plus proches des réalités et inquiétudes économiques qui préoccupaient depuis toujours les deux frères.

L’ensemble de cette nouvelle facture a participé largement à la réhabilitation du spectacle pour enfant et les autorités furent bien obligées d’admettre le changement et la nouvelle orientation de la scène jeunesse, en conséquence dégager des moyens financiers et structurels. D’où la création de centres dramatiques nationaux pour la jeunesse dont la compagnie de Claude participera à la préfiguration et plus tard à la fondation définitive du TGP de Saint-Denis et plus tard de Montreuil.
Puis, pour des raisons personnelles Claude quitta sa propre compagnie pour terminer sa carrière à la direction d’un service culturel municipal du Val de Marne. Cette activité plus sécurisante lui permettait alors de se remettre à la peinture et à la sculpture. Au bout de quelques années il se fixa avec son épouse dans une maison-atelier au cœur même de la ville d’Aubusson…

Il n’y a pas très longtemps avec eux j’ai visité l’atelier et j’ai salué : Totems de couleurs, peintures riches en pastels dégradés et autres nuances, marionnettes arrêtées sur un geste inachevé….
Je crois que l’on s’est parlé….Si …Je me souviens…Je m’en souviens bien même …

C’est devant ces témoins fidèles et silencieux que le couple a choisi de partir pour d’autres formes et couleurs

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