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Histoire à venir de Christian Lollike

par Jacky Viallon

Une belle ouverture pour une réflexion politique

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La facture des textes édités chez « Théâtrales » se démarque assez souvent d’autres créations plus conventionnelles.
Cette maison d’éditions quelque peu aventurière se risque à chevaucher sur des pentes à risques. Elle sait s’entourer d’auteurs qui expérimentent la haute voltige en s’exposant à la mise en application de périlleux exercices de style. Travail sans filet qui mérite que l’on fasse l’effort d’entrer dans ces nouveaux codes mis à l’épreuve par ces auteurs funambules.

Il suffit de se pencher sur l’écriture de la dernière pièce du danois Christian Lollike pour illustrer la démarche. Nous retenons alors d’un premier examen l’habileté avec laquelle l’auteur joue sur la désignation des personnages. A savoir, que les personnages passifs, ceux qui voient et entendent l’action sans la subir, sont nommés » narrateurs. ». Les autres, les personnages actifs, les vecteurs de l’action qui la subissent de l’intérieur sans aucune distanciation, sont désignés par leur fonctionnel (exemple : le marchand d’art, l’homme politique, l’artiste de mots etc.)
Aussi cette acrobatie fluidifie le texte et les personnages entrent et sortent de scène ou de page sans rompre le rythme de l’énoncé.
En conséquence cette neutralité du titrage offre une large perspective à la réplique qui semble ricocher sur l’ensemble de la narration. Ainsi ce procédé nous incite à nous attarder sur l’imbrication des différents composants dramatiques valorisés par le type de découpage en scènes brèves. Ainsi, par son implication le lecteur, et plus tard, au bout de la chaine « le spectateur » devient un complice actif.
Mais après s’être attardé sur le fonctionnement mécanique de cette pièce que se passe-t-il au juste ?
Les narrateurs se distribuent les rôles devant le public (ou le lecteur).
Le personnage central « Elle », est définie comme chauffeur de taxi. Elle verra passer tout un kaléidoscope de personnages tentant de se débattre dans de petites histoires concernant les réalités cruelles du monde d’aujourd’hui. Mais fort heureusement il y a l’humour qui nous barbouille ce réel en mascarade. L’humour : A la fois filtre, atténuateur, ou révélateur et fixateur.
Le spectateur/lecteur est directement impliqué dans ces scènes il devient alors complice actif en acceptant le jeu de va et vient de cette allégorie qui nous offre ces histoires courtes empruntées aux déchirements actuels de notre monde.
En fait la narration évolue sur deux schémas actantiels : l’un étant lié aux rencontres avec les différents clients du taxi (Cet axe étant de l’ordre du synchronique) et l’autre nous avouant l’histoire d’un camp de réfugiés (Ordre du diachronique).

L’objectivité de l’auteur autorise une large interprétation scénique de ce texte. Il offre probablement multiples options de mise en scène. Ce texte est une belle ouverture pour une réflexion politique et…pourquoi pas, aussi, poétique.
On oserait dire que cette écriture est « poétiquement moderne ».

Histoire à venir de Christian Lollike, traduction Catherine Lise Dubost, Editions Théatrales, Oct.2011

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1 Message

  • Histoire à venir de Christian Lollike 6 mars 2012 11:10, par Catherine Lise Dubost

    Merci à Jacky Viallon et à Webthea de créditer la traductrice. La mention du traducteur est obligatoire et pourtant trop souvent omise (quand la traduction n’est pas attribuée au metteur en scène ou autre qui en récolte ainsi les droits d’auteurs...).
    Je suis heureuse qu’Histoire à venir vous ai plu, Christian Lollike est à mon humble avis l’un des auteurs les plus significatifs de notre génération.

    Merci donc, encore une fois, pour votre papier.
    La traductrice, Catherine Lise Dubost

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