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Critiques / Théâtre

Héloïse de Patrick Cauvin

par Marie-Laure Atinault

Bon comme un bonbon de grand-mère

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Il peut pleuvoir, venter, neiger, caniculer, peu importe chez Héloïse et Roméo, on y danse tous en rond le cha-cha, la rumba, la valse, enfin toutes les danses de salon.

Monsieur Roméo n’est plus un jeune premier, c’est un homme qui a la cinquantaine fatiguée et le regard triste d’un bon toutou. Les clients ne se bousculent pas dans ce cours de danse où tout semble figé depuis longtemps. Une petite jeune fille entre timidement et, dans un souffle, demande à Monsieur Roméo qu’il lui apprenne à danser. Mona va découvrir un lieu hors du temps avec des danseurs un peu fantasques : le professeur qui danse comme un adepte de Saint-Gui ; Madame Dela qui apprend la valse pour le mariage de sa fille, toujours repoussé à la saint glin-glin, et Sérafina et Ramos qui s’entrainent pour un concours, peut-être leur dernier. Monsieur Roméo est un bon professeur, il ne s’étourdit plus dans les rocks endiablés, seul il se laisse aller à un coupable slow avec l’alcool. Que cache-t-il ? Que veut-il noyer ? Quel est son secret et où est Héloïse ?

Un pas de deux pour une première pièce

Patrice Leconte et Patrick Cauvin sont des complices en écriture pour le cinéma. Le premier confia au second une idée qui lui trottait dans la tête depuis longtemps, comme un fox trot : faire une pièce sur les cours de danse de salon. Un monde un peu bizarre avec ses codes et ses modes : les costumes sont très froufroutants, les femmes très maquillées et les hommes ont un sourire laqué. Cet univers, il souhaitait qu’il soit dépeint avec une infinie douceur, sans le ridiculiser. Patrice Leconte l’a rêvé et Cauvin l’a écrit !

De la musique et des planches et un tourbillon de bonheur !

Dès le début du spectacle le spectateur est dans l’ambiance : un couple danse, sous le regard expert de Monsieur Roméo. La musique est bien sûr omniprésente et donne des fourmis dans les jambes. Les comédiens doivent se préparer à voir un jour des danseurs les rejoindre sur la scène. Le décor de Ivan Maussion est une très belle réussite, un studio de danse qui est resté comme à ses premiers jours, des coupes, des trophées de concours, des glaces un peu piquées, un style qui n’en est pas un, sauf celui du temps qui passe.

Patrice Leconte aime les comédiens et les belles histoires, un brin décalées. Il bombarde Rufus professeur de danse. Rufus-Roméo, il fallait pour ce rôle, qui est mystérieux, un imaginaire puissant. Un personnage reconnaissable comme un familier à qui l’on a jamais posé de question, par manque de temps ou de curiosité, mais qui attire une sympathie immédiate. La pièce de Patrick Cauvin est légère comme une bulle de savon. C’est à la fois sa faiblesse et son charme. Elle offre aux comédiens de bien jolis rôles. Isabelle Spade et Bernard Alane sont Sérafina et Ramos. En Angleterre ils seraient des stars de comédie musicale ; artistes accomplis, ils donnent une palette d’émotions avec une sensibilité pleine d’élégance. Agathe Natanson est un nuage, si, si, un nuage ! Comme un nuage de lait dans une tasse en fine porcelaine couronnant un chine fumé. Avec Laurent Gendron ils forment un couple improbable qui danse la valse de l’espoir. Mélanie Bernier est celle qui ouvre la porte sur l’avenir, donnant un coup de pied dans le train train de ce cours oublié au fond d’une cour. Elle entre et le soleil resplendit. Mélanie Bernier est une Mona ravissante.

Frais, ravissant, émouvant, touchant, d’une infinie délicatesse des sentiments, Héloïse nous a charmée pour son parfum un peu sucré et désuet. Héloïse est un joli moment de détente.


Héloïse de Patrick Cauvin. Mise en scène de Patrice Leconte. Avec Rufus, Mélanie Bernier, Bernard Alane, Agathe Natanson, Isabelle Spade, Laurent Gendron - Théâtre de L’Atelier : 01 46 06 49 24

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