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Critiques / Théâtre

Hamlet

par Jacky Viallon

Shakespeare, l’Afrique, le soleil, Hamlet et moi

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Dans cette adaptation de Hamlet, le héros shakespearien livre ses doutes métaphysiques avec une distance qui prend ses racines dans l’humour inavoué de Shakespeare. On sait que celui-ci possédait un sens aigu du drame, émaillant néanmoins son œuvre de fous-rires culpabilisants. Ici, la joyeuse troupe inverse la présentation et donne à voir en premier plan un humour iconoclaste : la joute mortelle entre Hamlet et Laertes débute par un jeu corporel d’une violence chorégraphiée extrêmement contenue, laissant présager un insoutenable carnage, alors que la scène se termine par une emprise qui ridiculise discrètement les combattants. Cela souligne la gratuité de cette violence ancestrale qui anime inexorablement tout être humain. Le combat s’achève par une sorte de croche-patte, au sens propre comme au figuré.

Les charmes inattendus de la culture africaine

Dans cette adaptation, il fallait oser aborder la scène finale des empoisonnements successifs à l’aide de coupes de vin de palme envenimé. Ce qui n’est pas sans rappeler les lancers de tarte à la crème qui nous ont terrorisés dans notre vision d’enfant, pressentant que derrière la farce se dissimulait le gouffre du drame. Durant tout le spectacle, le public est ballotté, désorienté dans sa perception académique du drame. On se laisse cependant porter avec bonheur dans les charmes inattendus de cette culture africaine, toute en subtilités et effets disjonctifs. Ce qui captive aussi, c’est la légèreté et la sobriété avec lesquelles est traité ce drame shakespearien et cette analyse charnelle du comportement contradictoire de l’individu. Tant et si bien que l’acte héroïque se trouve banalisé au profit d’une lecture ludique et mûrement réfléchie. Le metteur en scène, adaptateur du drame, fait émerger des profondeurs du texte, un axe de lecture qui nous affranchit de la fresque habituelle pour nous entraîner insidieusement vers les inquiétudes de l’Afrique actuelle.

Une énergie peu commune

Quant aux acteurs, ils s’en donnent à cœur joie. Faisant montre d’une énergie peu commune, ils nous entraînent dans un tourbillon qui nous happe littéralement, un peu comme le feraient les évolutions des Derviches tourneurs. Le tout dans une efficacité scénique des plus dépouillées : pas de décor, seulement quelques beaux costumes aux couleurs chatoyantes. Au-delà de l’atmosphère suspicieuse de cette pièce scélérate, la troupe réussit à nous communiquer une véritable chaleur et une certaine joie de vivre.

Hamlet, mise en scène et adaptation : Hugues Serge Limbvani. Avec Marina Ahoui, Maimouna Doumbia, Momo Ekissi, Hugues Serge Limbvani, Kaf Malère, Jacques Eric Mampouya, Criss Niangouna, Seydi Abdoulaye. Lumières et son : Alain Tomety Sena Kossi. Costumes : Ndiassé. Théâtre de la Tempête, jusqu’au 12 Novembre 2005. du mardi au samedi 20 h. Tel : 01 43 28 36 36.

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