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Fables de La Fontaine, par la comédie française

par Jacky Viallon

Mise en scène : Robert Wilson. Film de Don Kent. Un spectacle de la Comédie Française.

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Belle facture que cette mise en écran de l’étonnant travail proposé autour de quelques fables de La Fontaine par les comédiens de la Comédie française. « Bien sûr ! » direz-vous « La Fontaine on connaît ! » Alors pour dérouter cet à priori, précipitez-vous pour vous procurer n’importe où le DVD de ce spectacle et ne comptez pas sur moi pour vous prêter le mien. D’ailleurs nous ne devrions même pas en parler et nous cacher pour apprécier ce trésor dans la plus grande discrétion. Aussi peut-on, comme la fourmi, avoir la belle excuse de ne pas être préteur.
Toujours est-il que si vous ne visionnez pas ce travail vous passerez à côté de toute une imagerie qui vous aurait pourtant bien habité l’esprit.
Tout le bestiaire de La Fontaine évolue devant nous pour nous offrir ses courtes moralités dont la structure sera reprise plus tard par Brecht dans la construction de ses « Lehrstuck », petites saynètes didactiques.
Comme les « Lehrstuck » ce montage, en quelque sorte, nous fustige par surprise : il joue sur la contradiction des esthétiques et derrière la pelucheuse tranquillité des masques, lesquels font inconsciemment référence à ceux de la commedia dell’arte et aux images de l’affect ancestral, se cachent sarcasme, ironie, quête et conquête. La méchanceté humaine s’exprime par procuration à travers les masques, lesquels, eux-mêmes, sont sous la procuration des animaux. A l’aide de ces multiples distanciations la cruauté du monde est presque légitimée et toute cette violence contenue et contrôlée semblerait ne pas pouvoir déborder de l’écran ou du cadre de scène.
Tous les éléments scéniques tentent vers l’efficacité.Un cyclorama en fond de scène joue de couleur et d’intensité pour mettre en évidence un travail corporel de haute précision (Voir au passage l’étonnante performance de Christian Gonon notamment dans la fable « Le Corbeau et le Renard » dont la précision et l’intelligence du geste nous laisse quelque peu pantois.)
Une présence sonore et musicale est fortement engagée dans l’affaire. On la doit à Michael Galasso qui va emprunter du côté de la musique baroque pour la mettre à l’indice du jour en y glissant une légère instrumentation une matière sécurisante.
Chaque élément se nourrit de l’un est de l’autre. Cette diversité prompte à intervenir attribue au spectacle une poétique violente sans complaisance. Mais ces « acteurs » expérimentés n’ont rien à prouver, ni rien à démontrer. Ils jouent, tout simplement, faisant vibrer farouchement leur instrument intérieur, maîtrisant la symbolique et l’art de l’esquisse, tout en cassant le procédé par un baroque inattendu. Il s’en dégage une belle sincérité et à la fois une sorte de trucage qui nous échappe. C’est en quelque sorte de l’ordre du grand engagement dans l’art. C’est cela qui nous fait vibrer parce que l’on a conscience d’entrer tout simplement dans le beau.
A la suite de ce travail cinématographique sur la pièce on nous offre un complément, cité « La conception du spectacle par Gérard Lafont » moments d’interviews auprès des créateurs qui éclairent la démarche. On y apprend, et c’est aussi une des qualités du DVD, que le réalisateur du film, Don Kent, a fait un travail spécifique sur l’image en détournant les contraintes scéniques du plan large imposées par les lois et le service théâtral. Mais l’adaptation très respectueuse tient compte de la patte particulière du metteur en scène Robert Wilson.
Ainsi, grâce à ces notes on s’immisce alors dans les arcanes de cette création et il nous semble découvrir prudemment et discrètement les secrets de « l’alchimie théâtrale ».

Ce précieux travail est aux éditions Montparnasse pour acquérir le DVD : www.editionsmontparnasse.fr

Vous y trouverez aussi d’autres productions dans différents domaines. Vous pouvez vous y perdre en toute tranquillité exempt de culpabilité.

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