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Critiques / Théâtre

Eve ma sœur Eve ne vois-tu rien venir ? de Yamina Hachemi

par Marie-Laure Atinault

ou Les légendes "ordinaires"

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Doit-on payer de toute éternité le péché originel ?

Eve mangea la pomme et la fit goûter à Adam. Un pépin lui est resté en travers de la gorge. Et voilà pourquoi Eve, mes sœurs, Adam et ses fils nous font payer au centuple le goût acidulée de la pomme qui est devenu bien amer pour les femmes. Doit-on payer de toute éternité le péché originel ? Martyrisée, opprimée, asservie, mutilée, violée, battue, la femme est considérée dans certains pays comme une bête de somme, parfois moins encore. Point de commisération misérabiliste pour ces pays lointains reposant sur d’antiques coutumes, une femme battue meurt tous les quatre jours en France, oui en France dans notre beau pays. Constat alarmant au lendemain de la journée de la femme. La femme à qui on a donné une journée comme à une minorité !

Les femmes ont la peau dure

Yamina hachemi a créé en 2005 « La peau dure » d’après Raymond Guérin. Le texte retrace la vie de trois femmes dans les années d’après guerre. Après l’aventure de cet excellent spectacle, Yamina Hachemi et son équipe se sont mis en quête des paroles de femmes d’aujourd’hui. Pendant deux ans, avec Mireille Silbermagl, elles ont réalisé quarante entretiens avec des femmes de 16 à 75 ans. Pour ce spectacle elles ont choisi de retenir les témoignages pleins de pudeur et de douleur qui relataient des violences faites aux femmes.

Eve, ma sœur Eve, ne vois-tu rien venir ?... Et quand Eve n’a ni sœur, ni frère pour tuer Barbe Bleue, elle n’a plus qu’à courber l’échine et à étouffer ses sanglots. Le spectacle porte le sous-titre de "Légendes Ordinaires", car il donne la parole à des femmes de l’ombre, à ces petites bonnes femmes qui entretiennent leur foyer, et qui sont un peu méprisées. La force du spectacle est son langage direct, non dénué d’une certaine poésie candide. Les femmes parlent de leur quotidien, comme Maria qui est battue par son époux qui assène sur sa femme malade ses poings d’airain et qui la viole au passage. La pauvre Maria rassemblant son courage va au commissariat, ou elle s’entend répondre "il n’y a pas de viol c’est votre mari !". Que dire de la jeune fille qui se plaint des caresses de son oncle ? Elle invente ! Ou de ce chef d’entreprise dont la plus grande distraction est de prendre son entourage pour un punching ball. Le sujet est grave, il vous prend aux tripes, vous révolte, vous horrifie quand on sait que des petites filles meurent suite aux excisions, cette pratique barbare et immonde, et que des femmes meurent lapidées. Eve, il est temps que tu te lêves, le vent de la révolte doit souffler ! Oui, nous le savons fort bien, et c’est plus facile à dire quand on est protégée, mais le silence est le premier des crimes.
Un crime que l’on ne pourra pas imputer à Yamina Hachemi qui ne choisit jamais la facilité et le confort artistique.

Un Music Hall de la vie

Le sujet est des plus graves, mais c’est un spectacle, alors comment réussir à lier ces deux impératifs. La première idée est de placer les personnages autour d’une piste entre le cirque, le dancing et le Music Hall. Un Monsieur Loyal, sourire carnassier et œil qui pétille, nous évoque Yves Montand chantant en cowboy d’opérette dans les plaines du Far West. Il nous présente les différentes femmes qui vous venir nous raconter leur vie. Trois comédiennes se partagent avec un égal talent les sept femmes, les sept témoins de la violence. Elles sont émouvantes, pathétiques, terriblement ancrées dans notre temps, on a l’impression de les croiser, et d’être impuissant. On sourit, on a la larme à l’œil, on est révolté. Le public réagit encourageant l’une ou l’autre. L’excellent Laurent Richard est l’homme dans tous ses états. Comme toujours il est juste, sachant trouver l’angle de chacun de ses rôles, et d’une pirouette il est le meneur de jeu de ce bal cruel ou il fait danser Claire Mirande, poignante Maria, Véronique Chiloux, désarmante Élodie et Yamina Hachemi, épatante. Ce spectacle devrait être parrainé par L’Education Nationale , car il sait mieux que de grands discours faire entendre l’indicible.

EVE MA SŒUR EVE, NE VOIS-TU RIEN VENIR ? ou Les Légendes « ordinaires » - Mise en scène écriture et adaptation Yamina Hachemi, avec Véronique Chiloux, Claire Mirande, Yamina Hachemi, Laurent Richard. Jusqu’au 21 Mars au Théâtre du Chaudron 01 43 28 97 04

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