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Critiques / Opéra & Classique

Eraritjaritjaka, musée des phrases

par Caroline Alexander

Aphorismes, musiques et vidéos

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Le compositeur allemand Heiner Goebbels et le comédien français André Wilms font partie des chouchous du Festival d’Automne qui, depuis 1993, programme leurs créations concertées de collage musical et de textes philosophico-poétiques. Une expérience savante et ludique qui, avec cette troisième réalisation, semble avoir atteint ses limites.
Le titre, illisible, imprononçable est, explique le programme : "une expression poétique archaïque qui signifie, en aranda, animé du désir d’une chose qui s’est perdue". Encore faut-il savoir que l’aranda (ou l’arunta) est le dialecte parlé par certains aborigènes d’Australie... La citation est d’Elias Canetti qui n’avait pourtant pas l’habitude de verser dans des discours obscurs ou à clés. Le prix Nobel de littérature 1981, l’auteur de Auto-da-fé et de Masse et puissance était au contraire l’homme de la clarté absolue, en pensée et en écriture. Goebbels et Wilms aiment les assemblages qui, sous des apparences farfelues, cherchent en filigrane à véhiculer des messages sur la marche du monde.

Florilège d’aphorismes et de sentences savoureuses

Comme ils l’avaient fait avec Joseph Conrad ou Heiner Müller dans leurs précédentes réalisations, ils ont picoré des bouts de phrases dans une demi-douzaine d’œuvres de l’écrivain-essayiste Canetti, ainsi que dans ses notes et journaux, pour confectionner un florilège d’aphorismes et de sentences souvent savoureuses qu’on aimerait noter pour les mettre au bas d’un cahier. "Dans la musique, les mots nagent au lieu de marcher", rêvait Canetti. Comédien hors catégorie, André Wilms le proclame de sa voix de baryton basse relayée par un micro qui, s’il amplifie le son, amplifie aussi ici et là les défaillances d’articulation. Les quatre excellents solistes du quatuor Mondrian accompagnent ces digressions sur des airs qui, de Bach à Chostakovitch, en passant par Kurtag, Ravel et une brochette de contemporains jusqu’à Heiner Goebbels en personne, tentent à leur tour de balayer l’histoire de la pensée musicale.

Théâtre total ou total gadget ?

Un inventaire en quelque sorte où les trucages et les effets spéciaux vidéos tiennent lieu de fil conducteur et de divertissement. Flanqué d’un caméraman, Wilms est filmé quittant le théâtre, prenant un taxi, chez lui, se préparant une omelette, compulsant ses livres sans interrompre ses commentaires sur le sens de la vie et des mots qui la racontent... Tour de passe-passe attendu : on le retrouve sur scène derrière l’écran qui, après moult transformations du plus bel effet, sert de décor... Théâtre total ou total gadget ? Hochet pour amateurs de derniers cris ? Allez savoir... C’est très drôle, on s’amuse, on est épaté... Reste à savoir ce que la musique ou la pensée ont à y gagner.

Eraritjaritjaka, d’après des textes d’Elias Canetti, conception, mise en scène et musique de Heiner Goebbels, avec André Wilms et le Quatuor Mondrian (Jan Erik et Eduard van Regteren Altena, Edwun Blankenstijn, Annette Bergma),aux Ateliers Berthier de l’Odéon, jusqu’au 19 décembre. Tél. : 01 44 85 40 40.

Photo : Mario Del Curto - STRATES

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