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Critiques / Opéra & Classique

Era la Notte de Claudio Monteverdi,Pietro Antonio Giramo & Barbara Strozzi

par Caroline Alexander

Au sommet de l’émotion

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Il n’y eut que trois soirs au Théâtre des Champs Elysées pour savourer la parfaite alliance entre l’époustouflante Anna Caterina Antonacci, les musiciens du Cercle de l’Harmonie et la musique si savamment ornementée du « seicento » vénitien. Trois soirs dont le premier fut éclipsé par le débat télévisé des deux candidats au dernier round de l’élection présidentielle. De quoi donner des regrets à tous amoureux du baroque restés collés devant le petit écran car la rencontre avait un petit parfum d’authenticité bien rare sur nos scènes. Julien Chauvin et ses instrumentistes, tout comme la cantatrice soliste ont eu en effet le culot d’allumer le feu de la passion à ce répertoire trop souvent réduit à un décorum sans embarras d’âme. Enfin les sentiments retrouvaient leur contexte originel, leurs craintes, leur folie, leurs dérapages. Et l’intensité du jeu, autant que la splendeur de voix d’Antonacci furent en harmonie avec les déchirements du cœur si bien orchestrées par Monteverdi (né en 1567) et ses cadets Pietro Antonio Giramo et Barbara Strozzi (nés tous deux en 1619), l’unique compositeur au féminin de son temps.

Passion à fleur de nerfs

De la folie de Giramo aux larmes de Strozzi, du désespoir au récit épique de Monteverdi, depuis longtemps on n’avait entendu le Lamento d’Arianna ou Le Combat de Tancrède et de Clorinde avec une telle palette de couleurs, tantôt en flammes écarlates tantôt en sépia mélancolique. Les maîtres solistes de l’Orchestre emmenés par leur chef, le violoniste Julien Chauvin suivent jusqu’aux silences la performance de l’italienne Anna Caterina Antonacci.

Il est vrai qu’elle connaît bien le répertoire de ce siècle-là, et, bien avant son coup d’éclat dans la Cassandre des Troyens de Berlioz au Châtelet qui la propulsa au rang de diva, on l’avait vue, entendue et aimée dans L’Incoronazione di Poppea de Monteverdi et dans Agrippina de Haendel, puis, tout récemment à Bastille où elle incarna avec ferveur le rôle titre de La Juive.de Fromenthal (voir webthea du 19 février 2007). Projection impeccable, legato de velours, diction irréprochable et passion à fleur de nerfs, comme on ne l’entend jamais dans ce répertoire : dans ce numéro solo d’une heure dix, Anna Caterina Antonacci portent haut ses charmes dévastateurs.

Une muraille de bougies

L’un des atouts de cette performance hors des sentiers balisés venait de la mise en scène délicate et juste de la jeune Juliette Deschamps, fille de Jérôme et de Macha Makeiev , les inventeurs des Deschiens. Des robes à l’élégance discrète signées Christian Lacroix qui décidément se voue de plus en plus aux arts du spectacle, et pour tout décor, à l’avant scène, un plan d’eau miroite au gré des éclairages, et, au fond, une muraille de bougies frissonnantes qu’un écran de pluie tombant des cintres vient éteindre au final. Où l’émotion grimpe au sommet. C’était la nuit, era la notte

Era la notte, musiques de Claudio Monteverdi, Pietro Antonio Giramo, Barbara Strozzi, solistes du Cercle de l’Harmonie, direction Julien Chauvin, mise en scène Juliette Deschamps, décor Cécile Degos, costumes Christian Lacroix, lumières Dominique Bruguière. Avec Anna Caterina Antonacci. En coproduction avec le Grand Théâtre de Luxembourg et le Théâtre de Nîmes. Théâtre des Champs Elysées à Paris, les 2, 4 & 5 mai à 20h.

Photos : ERA LA NOTTE © Alvaro Yañez

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