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Critiques / Théâtre

E ( un roman dit )

par Jacky Viallon

Culturellement correct

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Entendra-t-on sonner Françon-Danis comme on entend Chéreau-Koltés ? Il faudrait poser la question à Daniel Danis lui-même, pour savoir si ce dernier se sent réellement servi par son metteur en scène. Autant Alain Françon a excellé dans les mises en scène des textes de Michel Vinaver et d’Edward Bond, en y faisant exploser toute la violence et les dialectiques sous-jacentes, autant il semble imprécis dans sa démarche sur le montage à la scène de E. Pourquoi une œuvre aussi colorée, à l’écriture des plus symboliste et probablement avec celle de Bernard Koltés et d’Olivier Py une des plus lumineuse dans le paysage théâtral actuel, pourquoi cette écriture ne passe-t-elle pas la rampe et nous apparaît-elle trop abondante et quasiment artificielle ?

Décalage entre esthétisme et énoncé

Est-ce dû au fait qu’Alain Françon est (cela est largement prouvé ) plus habile dans les mises en scène des textes plus âpres et plus réalistes. Peut-être que la densité des images de Danis bloque son imaginaire. La rencontre ne se serait-elle pas produite ? A-t-il été seulement séduit par les premières strates de l’écriture : le contenu militant et didactique de la pièce. Toutefois, la "pétillance" de cette écriture n’est pas propulsée par cette mise en espace. Tout semble redondant et illustratif, alors qu’il y a, potentiellement sur le plateau, tous les ingrédients pour en faire un chef d’œuvre : une légende métaphoriquement parlante de la violence latente et un metteur en scène qui n’a pas à prouver son savoir faire. Mais là, malheureusement, on assiste à un spectacle bavard. Le texte se trouve totalement liquéfié dans des images déportées, lesquelles n’apportent pas ce supplément d’horreur ou de rêve que l’on attend quand on écoute le texte. On assiste au constat d’une sorte de décalage entre esthétisme et énoncé, comme si les créateurs s’étaient exprimés isolément. C’est dommage, car on s’ennuie alors que l’on dispose d’un beau plateau. On voudrait bien en goûter les fruits, mais le serveur distrait nous les escamote. C’est aussi trop long : 2 h 20 sans entracte. Ce qui aurait pu être magique reste dans le registre du culturellement correct.

E ( un roman dit), de Daniel Danis, mise en scène d’Alain Françon, avec Stéphanie Béghain, Yoann Blanc, Fred Cacheux, Eric Challier, Gilles David, Valérie de Dietrich, Pierre-Félix Gravière, Perrine Grufroy, David Léon, Guillaume Lévêque, Julie Pilod, Gilles Privat, Caroline Proust et Catherine Vinatier. Théâtre de la Colline, jusqu’au 27 février. Tél : 01 44 62 52 52.

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