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Critiques / Théâtre

Du pain plein les poches

par Jacky Viallon

Une pièce initiatique

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On connaît bien l’attirance de l’auteur Matei Visneic pour Beckett. Il a déjà écrit en guise de clin d’œil Le Dernier Godot. Aussi retrouve-t-on cet univers dans la pièce qu’il vient d’écrire en 2004 Du pain plein les planches. Elle est présentée par le Théâtre des Innocents, à la Cave-Poésie, à Toulouse, dirigée par le courageux René Gouzenne. Comme chez Beckett, on attend...On attend une délivrance, celle d’un chien au fond d’un puits. Deux personnages anonymes, à moitié clochards, poètes ou philosophes, dialoguent sur l’éventuelle possibilité d’aller secourir le chien. Le spectacle tourne à l’allégorie, en démontrant l’incapacité de l’homme à prendre une responsabilité ou un engagement. Entre le désir d’entreprendre et l’action, il y a un pas difficile à franchir.

Deux personnages face à une décision

Les personnages semblent fournir du texte à tout prix, afin de propulser l’énergie nécessaire pour faire remonter ce chien à la surface. Et la pièce comme la mise en scène tendent à démontrer l’inertie devant laquelle on se trouve face à certains événements. Sujet toujours d’actualité : des actes et non pas des réflexions. Malgré la gravité du problème, le spectacle est, grâce aux comédiens et à la lecture qui en est faite, agrémenté d’un humour donnant une distance nécessaire pour mieux accepter la parabole. La direction d’acteur propose un travail extrêmement intimiste et les deux protagonistes semblent s’installer dans des silences et des prolongations de jeu tout en pointillisme. L’actrice et metteur en scène Esther Luneau pourrait prendre le dessus sur son partenaire Christophe Bariol, mais la discrétion de ce dernier s’avère, au contraire, mettre en résonance les propos de sa réplique. Ce déséquilibre nous éloigne de toute complaisance harmonique et ne fait que révéler le phénomène déculpabilisateur et démissionnaire des individus face à la préhension d’une décision.

Le jeu intelligent des comédiens

On pourrait sauver ce chien mais il est plus facile de tergiverser et de s’éloigner de la pratique salvatrice. Pendant que l’on philosophe, les éléments risquent de prendre le dessus et de sauver de cet embarras les personnages englués dans leur lâcheté et leur irresponsabilité inavouées.
Les deux acteurs savent parfaitement faire apparaître ces ambiguïtés-là. On peut alors parler d’intelligence de jeu. Cette performance est d’autant plus difficile que la pièce souffre probablement d’une certaine linéarité, mais grâce aux investigations que nous offre la mise en scène nous sommes particulièrement captivés par la mise en évidence de la contradiction de ce climat conflictuel dans lequel sont englués les personnages. Ce spectacle pourrait se vouloir initiatique et comme pour un roman de formation cette pièce est à entendre à travers différents échos.

Du pain plein les poches, de Matei Visniec, mise en scène Esther Luneau, avec Christophe Bariol et Esther Luneau, régie générale Nicolas Luneau. Cave-Poésie de Toulouse. Renseignements tournées à venir : 04 71 03 47 49 ou 04 71 56 06 94.
La même compagnie présente un autre spectacle : Ou et a, à la cave poésie de Toulouse jusqu’au samedi 30 Avril à 19 h 30. Réservations : 05 61 23 62 00.

Photo : Théâtre des Innocents

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