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Critiques / Opéra & Classique

Don Giovanni, de Mozart

par Caroline Alexander

Un séducteur au galop

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Il a l’élégance innée, le timbre enjôleur et le sourire franc. Il est né séducteur comme d’autres naissent avec les yeux bleus. Il affronte son destin comme une ultime mascarade. Dénué de mystère, le Don Giovanni que Ludovic Tézier vient de créer au Théâtre du Capitole de Toulouse relève du pur sang lancé au galop... C’est la première mise en scène lyrique de Brigitte Jaques-Wajeman, une personnalité qui compte dans le monde du théâtre où elle a contribué à autant de découvertes que de renaissances du répertoire classique. Elle importa en France la version théâtrale de Angels in America de Tony Kushner, récemment mis en opéra par Peter Eötvös au Châtelet. Elle explora comme personne les labyrinthes secrets de Corneille et de Molière. De Elvire-Jouvet, superbe mise en vie des conseils que Louis Jouvet avait prodigué à une élève qui en étudiait le rôle, à l’Elvire grandeur nature du même Don Juan, monté pour la Comédie de Genève et le Théâtre National de Chaillot, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle connaît bien son sujet. D’où une étrange impression de réserve, voire de timidité, envers le chef d’œuvre comme si la puissance de la musique de Mozart avait brusquement bridé l’imagination du metteur en scène.

Une démarche inachevée

Brigitte Jaques monte ce Don Giovanni à la lettre, sans recul ni parti pris particulier, laissant ce soin, semble-t-il, aux superbes forêts à la Watteau des décors d’Emmanuel Peduzzi et à la justesse des lumières de Jean Kalman, capable de traduire en quelques coups de projecteurs les heures du jour comme les minutes des cœurs. Après tant et tant de "relectures" des classiques, en vogue depuis les années 1970 (où elles contribuèrent alors, ne l’oublions pas, à rajeunir radicalement le répertoire), on ne s’en plaindra pas. Reste le regret d’une démarche dont on attendait beaucoup et qui tout à coup semble inachevée. Mettant en scène dans le même mois L’Illusion comique de Corneille pour le Théâtre de Gennevilliers et Don Giovanni pour le Capitole de Toulouse, Brigitte Jaques a peut-être été un rien débordée...

La beauté des images

Mais ce séducteur libertaire et rebelle à toute contrainte a les reins solides et résiste à tout. Même à une direction d’orchestre qui ressemble à une course à l’abîme, presto, prestissimo, sans la moindre trêve pour rêver ou respirer. Comme si Daniel Klajner, le jeune chef suisse, brillamment entendu à Paris dans Wagner et Puccini, voulait précipiter son héros en enfer dès les premières mesures de l’ouverture. C’est un point de vue, une couleur donnée qui, même contestable, a le mérite d’exister. Restent pour porter le spectacle la beauté des images qui nous entraînent dans les songes des peintres romantiques et la belle performance des chanteurs, Ludovic Tézier en tête, Giovanni juvénile et fonceur, coureur de jupons "giocoso", au legato chaleureux qui semble ne lui demander aucun effort. Leporello, son compagnon, n’est plus son double ou sa conscience mais plutôt son bouffon dont l’Américain Richard Bernstein, au timbre généreux et au comique débridé, fait un Auguste apeuré. Masetto a la fraîcheur et la gaucherie d’un Nicolas Testé encore un peu vert tandis que le doux Ottavio, par le timbre raide du ténor italien Giuseppe Filianoti, semble brusquement saisi d’une curieuse sécheresse d’âme. Impeccable prestation de la basse islandaise Gudjon Oskarsson, en Commandeur aux allures de momie, plus folklorique qu’inquiétant.

Karine Deshayes, joli lot de consolotion

Petite déception du côté des femmes, la Donna Anna de la Bulgare Alexandrina Pendatchanska, privée de ligne musicale précise mais truffée de vibrato, peine à se sortir des difficultés de l’un des beaux rôles du répertoire mozartien alors que la Donna Elvira de la Roumaine Roxana Briban, habillée d’un bout à l’autre on ne sait pourquoi, d’une robe du soir à traîne comme pour un récital, rend mieux justice aux errements et douleurs de son personnage. Claire, revendicatrice, à défaut de souplesse, sa voix en a la force. Enfin, en guise de joli lot de consolation, Karine Deshayes, une ancienne du Conservatoire de Paris et du Centre de Formation Lyrique, à la carrière déjà trépidante, offre une Zerlina délicieusement coquine et à 100 % mozartienne.

Don Giovanni de Mozart et Da Ponte, orchestre National et chœur du Capitole de Toulouse, direction Daniel Klajner, mise en scène Brigitte Jaques-Wajeman, décors et costumes Emmanuel Peduzzi, lumières Jean Kalman, avec Ludovic Tézier, Richard Bernstein, Gudjon Oskarsson, Alexandrina Pendatchanska, Giuseppe Filianoti, Roxana Briban, Karine Deshayes, Nicolas Testé. Théâtre du Capitole, du 28 janvier au 13 février.

Photo : Patrice Nin

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