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Critiques / Opéra & Classique

Didon et Enée, de Henry Purcell

par Caroline Alexander

Une Didon avec greffons

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Comment obtenir avec cinquante deux minutes de musique un spectacle d’une heure quarante ? La recette se trouve chez la chorégraphe allemande Sasha Waltz qui vient de mettre en scène et en chorégraphie ce bijou du baroque anglais qu’est Dido and Aeneas, de Henry Purcell.

De fait on sait peu de choses sur cet "opéra de chambre miniature" dont la partition originale a disparu et qui fut créé cinq ans après la mort de son compositeur. Si ce n’est qu’il s’agit d’une composition musicale d’un seul tenant, riche de complexités psychologiques - Enée abandonne Didon sur l’ordre de Jupiter, c’est la raison d’Etat contre celle du cœur - à la fois masque de cour et divertissement allégorique avec intermèdes dansés. Sasha Waltz commence par lui restituer un prologue tombé depuis longtemps dans le rayon des objets perdus puis, après ce premier greffon, lui en fabrique quelques autres sous formes de dialogues parlés et de citations que l’une de ses danseuses, à l’exquis accent british, lance au public sous forme de clins d’yeux. Avec en prime, un bal dansé a capella.

Danseurs en haillons à la gestuelle syncopée

Sasha Waltz est chorégraphe et c’est en tant que telle, et en tant que plasticienne, qu’elle signe les décors et cette "mise en mouvements" où toute direction d’acteurs est absente. Sa Didon est une Didon à voir et non à entendre malgré la présence dans la fosse des excellents musiciens de l’Akademie für alte Musik de Berlin et de leur chef Attilio Cremonesi. Tous les clichés des nouveaux chorégraphes engendrés il y a vingt cinq ans par la mouvance Pina Baush s’y retrouvent avec leurs danseurs en haillons et leur gestuelle syncopée d’acrobates et de gymnastes. Ici, l’œil, contrairement à ce qu’espérait Claudel, n’écoute plus ou à peine tant il est sollicité par un déluge d’images et de mouvements, sauts carpés et autres épaulés-jetés. Avec piscine sur pilotis où plongent, nagent et font des bulles des sirènes des deux sexes capables d’accorder leurs brasses à la musique. Epatant !

Déluge d’images

C’est parfois très beau, parfois agaçant. On admire le déluge d’images sans pour autant leur trouver un sens, on s’énerve à voir déroutées les scènes d’intimité tout comme les bals des marins et des sorcières, on s’épuise à chercher dans la foule des choristes et du corps de ballet les silhouettes des solistes doublés en permanence par un ou deux danseurs : la jolie mezzo-soprano Aurore Ugolin dans le rôle de Didon ou le viril baryton Reuben Willcox en Enée danseur et charmeur. En trois représentations montpelliéraines, cet objet d ‘opéra mal identifié a pourtant conquis son public.

Dido and Aeneas, de Henry Purcell, Akademie für Alte Musik de Berlin, direction Attilio Cremonesi, mise en scène Sasha Waltz, décors Sasha Waltz et Thomas Schenk, avec Aurore Ugolin, Reubel Willcox, Deborah York, Céline Ricci, Fabrice Mantegna, Eberhard Francesco Lorenz, Michaël Bennett. Opéra National de Montpellier en coproduction avec Sasha Waltz § Guests, Berlin Staatsoper Unter den Linden et Akademie für alte Musik, Grand Théâtre de la Ville de Luxembourg. Les 10, 12 & 13 février à Montpellier.

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