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Critiques / Opéra & Classique

Didon et Enée de Henry Purcell, extraits de l’Enéide et The Tempest

par Caroline Alexander

Plongée baroque d’un Atelier Lyrique en pleine forme

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Après Le Viol de Lucrèce de Benjamin Britten présenté en intégrale l’an dernier à l’Athénée, l’Atelier Lyrique de l’Opéra National de Paris récidive avec Didon et Enée de Purcell et prouve que sa plongée dans le baroque le maintient en grande forme. Plaisir des yeux et des oreilles, plaisir des confirmations de talents et découvertes de nouveaux venus, l’amphithéâtre de Bastille a fait salle comble pour les deux représentations programmées et promet un accueil aussi enthousiaste au Théâtre de Suresnes à la fin de ce mois.

Didon et Enée, « opéra de chambre miniature » de Henry Purcell, joyau du baroque anglais dont on sait peu de choses et dont la partition originale a disparu – il fut créé après la mort de son compositeur - ne comporte qu’une cinquantaine de minutes de musique. L’usage veut qu’on le présente jumelé avec une autre œuvre ou agrémenté de greffons comme le fit la chorégraphe allemande Sasha Waltz (voir webthea du 17 février 2005). C’est cette deuxième option qu’a choisi le metteur en scène Dominique Pitoiset, en commentant l’ouvrage par un prologue et un épilogue où s’intercalent des passages parlés de l’Enéide de Virgile et des arias puisées dans The Tempest/La Tempête, autre musique de scène attribuée au même Purcell. Les élèves du département de musique ancienne du CNSMDP (Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris) accompagnent les pensionnaires de l’Atelier Lyrique sous la direction d’un grand pro, le violoniste et chef d’orchestre Patrick Cohën-Akenine, fin spécialiste de ce répertoire.

En avant-scène, côté jardin clavecin, théorbe, harpe et viole de gambe assurent les continuos, côté cour, un deuxième clavecin, cordes, hautbois et basson (excellent) forment l’ensemble orchestral. Un tréteau de bois clair les sépare, et derrière celui-ci, un rideau de soie dorée délimite la scène. Quelques fauteuils stylés en avant-plan accueillent les solistes.

Amor - Roma : palindrome poético-politique

autour du lit : Elena Tsallagova (First Witch), Wiard Witholt (Sorceress), Andrea Hill (Second Witch) et au premier plan : Maria Virginia Savastano (Belinda)

Avec un goût sûr, Pitoiset mise sur la simplicité. Les robes et les costumes des garçons sont d’aujourd’hui comme pour une élégante version de concert, de menus détails - lunettes noires, attaché case, redingote, hauts talons, coiffures – définissent l’identité des uns et des autres. L’action proprement dite de Didon et Enée se concentre dans la chambre de la belle Carthaginoise où un grand lit capitonné accueille ses amours et désamours avec le Troyen exilé, devenu conquérant et futur fondateur de Rome sur ordre de Jupiter. Raison d’Etat contre déraisons des cœurs. Didon meurt tête haute et dos droit, Carthage brûle, Amor devient Roma : en lettres géantes manipulées par les chanteurs, le palindrome poético-politique clôt le drame.

L’idée de ressusciter les textes de Virgile qui ont inspiré Purcell était certes astucieuse ; Mais les interventions parlées de la comédienne Nadia Fabrizio pâtissent, hélas, d’un débit monocorde, haché à une cadence militaire et d’une gestuelle du même style. Davantage orateur en campagne électorale que conteuse, elle lamine plus qu’elle n’anime les tribulations d’Enée avant et après ses amours avec la malheureuse Didon.

Anna Wall Didon de chair et d’âme

Les chanteurs heureusement prennent la relève avec bonheur. Tous se plient avec docilité, parfois délectation, aux vocalises baroques qui grimpent et fleurissent autour des grands airs. On retrouve avec plaisir des interprètes déjà remarqués dans de précédentes productions de l’Atelier. En tête la mezzo soprano anglaise Anna Wall, Didon de chair et d’âme, aux aigus filés sur soie et à la présence royale. Belinda, sa suivante, a les traits, l’humour sous cape et la projection impeccable de la soprano argentine Maria Virginia Savastano, déguisée en cantinière militaire. Les graves du baryton hollandais Wiard White tiennent leurs promesses et se doublent à la fois d’une excellente diction et d’un jeu délié : en sorcière juchée sur talons aiguilles il est irrésistible. Enée plus couard qu’héroïque, Vladimir Kapshuk, baryton venu d’Ukraine, manque encore d’aisance. Les sopranos Elena Tsallagova, Claudia Galli, la mezzo Andrea Hill révèlent de bien jolies qualités.

Pour gourmets de voix nouvelles, à suivre et à savourer.

Didon et Enée de Henry Purcell avec extraits de L’Enéide de Virgile et de La Tempête - The Tempest attribuée à Purcell. Par l’Atelier Lyrique de l’Opéra National de Paris, direction Christian Schirm. Mise en scène Dominique Pitoiset et Stephen Taylor, scénographie Dominique Pitoiset, costumes Nathalie Prats. Avec Anna Wall, Maria Virginia Savastano, Vladimir Kapshuk, Claudia Galli, Elena Tsallagova, Andrea Hill, Wiard Witholt, Vincent Delhoume, Paul Crémazy, Aimery Lefèvre. Et Nadia Fabrizio, récitante – Orchestre du département de musique ancienne du CNSMDP, direction Patrick Cohën-Akenine.
Amphithéâtre de l’Opéra Bastille, les 13 et 15 mars à 20h – Théâtre de Suresnes Jean Vilar, le 29 mars à 21h, le 30 mars à 17h – 01 46 97 98 10.

Crédit photos : CM Magliocca/ Opéra national de Paris

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1 Message

  • Merci de ce papier que j’approuve tout à fait.

    Effectivement si la récitante semble d’un caractère dynamique, sa diction est monocorde, et sa gestuelle bien fâde. Dommage car la lecture de ces textes se marie bien avec ce petit chef d’oeuvre qu’est Didon et Enée.

    Cette représentation était une pure merveille de qualité vocale et musicale, avec une bonne mise en scène et beaucoup d’humour dans le jeu des acteurs.

    La semaine d’avant, je visitais Carthage, c’est vous dire si je suis restée plusieurs heures sur un petit nuage !
    Et je vais sans doute aller les écouter à nouveau à Suresnes, qui est une salle de théâtre bien agréable !

    On aimerait que toutes les représentations dans la grande salle de l’opéra aient cette fraîcheur et ce brio.
    Bravo et merci !

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