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Critiques / Théâtre

"Diagnostique" de Daniel Pennac

par Jacky Viallon

Quand l’humour fait résistance

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L’heureuse rencontre Jean-Claude Cotillard / Daniel Pennac nous offre un spectacle drôle et reposant. Loin de la bruyante panique boursière, de la valse obscène et cacophonique du CAC 40, étrangers aux achats compulsifs ordonnés par le diktat de sa sacro-sainte majesté Chèquinette de la Dépensette ! Jean Claude Cotillard et son auteur du moment, Daniel Pennac, nous offrent une trêve au théâtre Daniel Sorano de Vincennes.
Cage de scène à tendance pastel, presque blanche ; éclairage sensible et dépoli, pas de surcharge d’image pas plus que de sombres élucubrations d’un scénographe en mal d’obscurantisme.
Tout simplement dans le fond du plateau, bien visible en plein centre, sans faire les frais d’un colloque sur le théâtre contemporain : l’image de la porte d’un atelier de réparation de voitures qui alternera avec celle d’un sas d’entrée des urgences d’un l’hôpital.
Il y a chez Cotillard cette façon d’habiller le temps et l’espace, voire son allure filiforme et décidée qui traverse le plateau de cour à jardin en promenant un objet, qui prend alors entre ses mains et son rythme une présence démultipliée.
Cotillard a l’art d’inscrire les objets qui l’entourent dans un cade scénique comme étant leur cadre naturel. Pas d’artifice : tout glisse, arrive et puis repart dans une sorte de magie participante à la vélocité. L’objet semble arriver sur le plateau avec son histoire et son passé sous le bras. Ce qui est aussi étonnant chez Cotillard c’est la légèreté avec laquelle il s’approprie ce passé caché sous le bras, à la dérobade, à la manière d’un rapt en jouant, probablement très physiquement, « avant la cage scénique » cette pensée du jeu par rapport à l’espace dont parle si bien Yannis Kokkos dans son ouvrage « Le scénographe et le héron ».

Densité mais aussi légèreté des images, les comédiens apparaissent et disparaissent comme d’un castelet, sans accroche n’y décroche.
Il faut dire que J.C Cotillard a su s’entourer d’autres talents de la même école dont apparemment il n’est pas jaloux de l’apprentissage. On peut donc apprécier : André Antébi, Paul Bouffartigue et Nicole Genovese tous trois excellents mimes. Tantôt ils travaillent en écho par rapport à la proposition scénique de JC Cotillard ou alors ils ouvrent d’autres séquences visuelles ou sonores qui offrent une nouvelle respiration à l’ensemble. À noter au passage les jeux corporels et vocaux alternant avec une extrême habileté.

La collaboration également du metteur en scène Alan Boone n’est pas innocente, elle donne et autorise Cotillard à composer avec du recul et saisir la respiration du spectacle de l’extérieur. Distance également par rapport au texte de Daniel Pennac qui semble bien porté et projeté grâce à toute cette poésie du plateau. Pourtant la capture d’un texte narratif au profit du langage théâtral pose toujours problème, mais la verve naturelle de Pennac se prête bien à cette conversion et le caractère ludique et primesautier de la nouvelle initiale s’y retrouve bien.

Ecriture et théâtralité font bonne rencontre et dans la morosité actuelle qui nous gagne ces « acteurs » sont là pour nous faire comprendre que l’humour est aussi une forme de résistance !

« Diagnostic » de Daniel Pennac, mise en scène :Alan Boone et Jean Claude Cotillard avec André Antébi, Paul Bouffartigue, Nicole Genovese et J.C Cotillard. Théâtre DanielSorano Vincennes 94 jusqu’au 21 décembre du mercrdi au samedi à 20 h45 et dimanche 16 h . Réserv. 01 43 74 73 74

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