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Critiques / Théâtre

« Désirs amoureux » de et par Genenviève de Kermabon

par Jacky Viallon

Amour, masques et fantaisie

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Un vieux sujet « L’amour », sujet qui n’a plus d’âge et qui traverse, voire transperce la littérature. Le traitement qu’en fait Geneviève de Kermabon est fortement original. Elle distancie le propos en utilisant des masques, des marionnettes de tout genre tantôt portées, tantôt gainées. Geneviève de Kermabon, elle, donne sa voix aux images et se cache derrière ces formes. Elle leur donne vie de façon émouvante et juste. Tout en voulant s’abstraire du discours elle met tout son corporel au service de cette animation. Etres sensibles que nous sommes grâce aux effets distanciatoirs du masques et des objets animés nous acceptons assez aisément des propos qui pourraient paraître un peu trop intimes ou grassement provocateurs.

Par ce truchement d’une grande beauté poétique G. de Kermabon nous entraîne dans des tableaux dont nous ne traversons pas l’image sans désintéressement. Pourquoi : parce que, d’une part tout pudibond que nous sommes, grâce à la procuration de l’objet animé, nous sommes dédouanés de tout danger voyeuriste. D’autre part ce stratagème esthétique mandate ou autorise l’identification sans culpabilité. A savoir qu’il est dit, de manière élégante, des affaires de l’ordre du sexe que l’on peut jubiler intérieurement de voir exprimées librement à notre place.

D’ailleurs le texte est déjà une procuration, puisque l’auteur se fait porte parole de confidences glanées au cours d’interviews sollicitant des réponses sur le désir et par là même de la sexualité.

Sur le plan purement factuel il y a autour de ce spectacle des moments de grand trouble. L’animation des formes et l’implication physique, disons même athlétique, de G. de Kermabon offrent des instants assez rares au théâtre. Ne parlons pas de la technique de jeu et des fantaisies acrobatiques que la comédienne-auteur s’autorise en s’échappant modestement de son rôle de conteur-manipulatrice.

L’utilisation de l’espace est assez convaincante pour nous laisser voir et entendre d’autres apparences que celles proposées sur le plateau. Enfin, l’abondance des formes engagées sur la scène et la diversités des traitements esthétiques donne l’illusion d’un fourmillement de personnages.

Ainsi, partie pour un solo, Geneviève de Kermabon, pensant se retrouver sur l’île déserte du soliloque nous propose un « kaléidoscope d’émotions » soutenu par un environnement dense et riche de factures multiples, c’est ainsi qu’elle sous-titre son affiche.
Espérons qu’à ce propos ce travail tienne longtemps l’affiche tant sur le plan matériel que réflexif.

« Désirs amoureux » Conception et interprétation de Geneviève de Kermabon, scénographie et costumes Goury, création musicale Jean-Marie Sénia. Lumières Cyril Hames.

Du 15 septembre au 15 Octobre 2006 du mardi au samedi à 19H, dimanche 17 h. Théâtre de la Tempête Cartoucherie de Vincennes 75012 Paris. Réservation : 01 43 28 36 36.

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