Paris – Opéra Comique jusqu’au 24 janvier 2013
David et Jonathas de Marc Antoine Charpentier
L’enchantement d’un chef d’œuvre ressuscité
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- 16 janvier 2013
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- Opéra & Classique
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L’une des grandes réussites du dernier festival d’Aix-en-Provence fait escale à l’Opéra Comique, coproducteur de l’événement. David et Jonathas que Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) avait composé pour les élèves du collège jésuite Louis-le-Grand a repris vie sous la magie orchestrale de William Christie et de ses Arts Florissants, dans une mise en scène de fine intelligence signée Andreas Homoki, ancien directeur du Komische Oper de Berlin et nouveau directeur de l’Opéra de Zürich.
Saül, roi d’Israël se méfie du berger David, vainqueur de Goliath, homme de paix réfugié chez les Philistins, ami de cœur de son fils Jonathas. Tragédie biblique dit le sous-titre. A sa création en 1688, David et Jonathas était constitué d’intermèdes chantés et dansés qui s’intercalaient entre les scènes d’une tragédie latine centrée par le Père Etienne Chamiliart sur la figure de Saül tel qu’elle apparaît dans l’Ancien Testament. Le chant français rendait l’histoire plus accessible et la musique divertissait le public qui se pressait aux réjouissances du collège. Détaché de sa structure latine, l’opéra de Charpentier s’apparenterait presque à un oratorio. Une méditation sur la famille, la politique et l’amour inconditionnel, absolu de deux garçons. C’était il y a quelques milliers d’années. C’est aujourd’hui.
Andreas Homoki transpose le drame dans un aujourd’hui hors du temps sur les rives d’une Méditerranée où les royaumes sont devenus communautés, où les guerres militaires se sont muées en guerres de clan. Tout fonctionne dans ce transfert, sans une once de facilité ou de vulgarité, il évite le piège du cliché à la mode qui aurait immanquablement transformés les Juifs en Israéliens et les Philistins en Palestiniens. Et pourtant Homoki, allemand d’origine hongroise, invente et bouscule. Il découpe l’action en séquences scandées par des baissers de rideau, et, sur les intermèdes orchestraux, construit des scènes imaginaires, introduit des personnages souvenirs qui trottent dans la tête du roi Saül, ici chef de famille : on voit son fils Jonathas encore tout petit jouer avec le jeune berger David, qui déjà nourrit sa méfiance.
Le baroque pur jus au service de l’âme
Les dilemmes - amour et guerre, foi et pouvoir – deviennent les ressorts d’une dérive mentale, où le lien qui unit les deux jeunes garçons nourrit sa mortelle paranoïa. Son délire engendre des superpositions d’images, des multiplications de personnages L’astucieuse scénographie de Paul Zoller encadre ses errances dans une sorte de boîtier en lattes de bois clair, comme un parquet debout, qui enfle, rétrécit, grimpe et s’abaisse, tantôt aère, tantôt étrangle. Les costumes ont la simplicité des peuples d’Orient où les Juifs se contentent de porter des chapeaux et les Philistins des tarbouches de feutre rouge, où tantôt ils se mêlent en fraternité et tantôt se scindent en blocs ennemis.
Charpentier habille le drame de sonorités somptueuses, de chants bouleversants. C’est du baroque pur jus mis au service de l’âme, William Christie en fait sourdre les mystères, saillir la sensualité, exploser la violence, ciseler les ornements, aussi attentif aux superbes instrumentistes de ses Arts Florissants qu’au chœur et aux chanteurs : le David de pureté de Pascal Charbonneau, ténor léger au timbre de lumière, flirtant parfois avec les aigus du contre-ténor, au jeu humble et direct, le Jonathas, rôle écrit pour un garçon avant la mue, auquel la jeune soprano Ana Quintans, apporte à merveille la fraîcheur des frémissements et emballements adolescents. Le baryton basse Arnaud Richard reprend le rôle de Saül créé à Aix par Neal Davies. Les nerfs à vif, le corps enchaîné dans les spirales de sa folie, il en fait un animal traqué par son délire de persécution. Un Saül mort pour rien. Inusable, Dominique Visse insuffle à la Pythonisse autant d’humour que de perfidie.
David et Jonathas de Marc-Antoine Charpentier, livret du Père Bretonneau, chœur et orchestres Les Arts Florissants, direction William Christie, mise en scène Andreas Homoki, scénographie Paul Zoller, costumes Gideon Davey, lumières Franck Evin. Avec Pascal Charbonneau, Ana Quintans, Arnaud Richard, Kresimir Spicer, Frédéric Caton, Dominique Visse, Pierre Bessière.
Opéra Comique, les 14, 16, 18, 22, 24 janvier 2013 à 20h, le 20 janvier à 15h
0825 01 01 23 – www.opera-comique.com
Photos Victor/art comart





